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    Lisbeth Gruwez : l’art de l’extase, par le prêche et par le rire

    12 mars 2015
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    8-lis1

    It’s going to get worse and worse, my friend

    De Lisbeth Gruwez

    Du 10 au 15 mars 2015

    AH/HA

    De Lisbeth Gruwez

    Du 18 au 20 mars 2015

    Tarifs : 24 € / 17 € / 14 €

    Réservation au
    01 43 57 42 14

    Théâtre de la Bastille
    76, rue de la Roquette 75011 Paris

    M° Bastille (lignes 1, 5 et 8) et Voltaire (ligne 9)

    www.theatre-bastille.com

    Du 10 au 20 mars 2015

    Lisbeth Gruwez sur tous les fronts ! L’art oratoire et l’extase du rire, revisités par cette flibustière de la scène flamande, enflamment le Théâtre de la Bastille en mars. Son solo It’s going to get worse and worse, my friend s’inspire de discours politiques et religieux. AH/HA donne à voir la contamination par le rire.

    Il s’agit d’une démarche aussi poétique que politique. Comment l’humain tombe-t-il dans le panneau d’un tribun, comment la raison cède-t-elle au cerveau reptilien ? Mais attention : It’s going to get worse and worse, my friend est un solo poignant sur la question du discours, ce n’est pas une dissertation ! Au contraire, Gruwez livre une performance physique explosive. L’impact du discours qui enflamme une foule, les gestes qui l’accompagnent, la fièvre qui monte… Les gestes tranchants peuvent rappeler ceux du flamenco d’Israël Galvan et les arts martiaux. Oui, la rhétorique est un sport de combat ! Le titre sonne tel un avertissement…

    Gruwez danse le sous-texte, les énergies, les aspirations, les visions et les vibrations de l’orateur démagogue. Aussi, elle démasque la machine à séduire et galvaniser, elle montre comment le discours politique peut avoir recours à la psychologie, à quel point il passe par le corps. Discours politique, mais plus encore, discours religieux.

    [embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=ErX_4AsUAQ0[/embedyt]

    Après avoir étudié la gestuelle de Barack Obama, Mussolini et Hitler, la recherche, faite en commun avec son compositeur Maarten van Cauwenberghe, s’est arrêtée sur un prêche du télévangéliste Jimmy Swaggart, un ultra-conservateur notoire. Mais de son discours ne restent que des fragments, des échos et, surtout, sa voix et son énergie. Inutile de préciser que Gruwez séduit, tout comme ses modèles.

    ah_ha_by_victoriano_morenoDans AH/HA, au Théâtre de la Bastille du 18 au 20 mars, Gruwez s’intéresse aux impacts physiques et physiologiques, des petits tremblements jusqu’aux secousses qui traversent le corps entier et le font bondir. Sur scène, cinq personnages typifiés dans des accoutrements dignes d’un stylisme mi-déviant, mi-cocasse avec néanmoins une immanquable “british touch”, surtout si l’on s’attache aux chaussures comme aux chaussettes, se tiennent immobiles sur une sorte de pré vert. Pas pour longtemps. Car bientôt, les voilà tous secoués au son d’un grincement métallique type matelas d’antan qui imprime à leurs mouvements une sorte de séquençage stroboscopique.

    Mus par ce ressort implacable, les corps entament alors une sorte de danse de Saint-Guy, méticuleuse performance réglée au millimètre dans ses rapprochements et ses évitements, assortie d’un travail sur les expressions du visage totalement fabuleux. Mais bientôt, ces secousses inexorables sont perturbées par des déferlements de rires muets, dont les afflux submergent l’ordonnancement de ces corps contraints par la trépidation saccadée. Les figures se déforment bientôt et tandis que l’un des personnages reste bloqué dans un sourire béat, les autres sont bientôt ravagés par l’effroi ou la douleur, suivant ainsi le retournement contenu dans le titre AH/HA. La fin est d’une beauté à couper le souffle.

     
    À la fois drôle, intelligent, savoureux jusque dans ses moindres détails, AH/HA est une méditation sur le corps mû et ému par une force qui le dépasse et l’agite. Soit l’envers exact de toute pièce de danse, quel qu’en soit le style, et l’opposé radical du point de vue d’un danseur. Le tour de force de cette pièce tient à une maîtrise absolue des gestes et des affects pour mettre en lumière ce qui, du corps, échappe à la volonté.

    Thomas Hahn

     

    (Photos © Victoriano Moreino / Luc Depreitere)

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