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    Marie-Antoinette en toute simplicité au Poche-Montparnasse

    7 octobre 2019
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    ©Pascal Gely

    Marion Bierry met en scène et incarne la reine au destin tragique. Simple et touchante, sans pathos et avec émotion, elle lui donne vie dans la petite salle intimiste du Théâtre de Poche-Montparnasse. Pour cela, elle a adapté la biographie de Stefan Zweig qu’il rédigea à partir des archives de l’Empire Autrichien et de la correspondance du comte Axel de Fersen.

    Marion Bierry est sur scène avec le comédien Thomas Cousseau, qui, en costume trois pièces et avec un physique plutôt ressemblant à l’auteur viennois, permet d’intégrer des narrations éclairantes. Vêtue d’une robe seyante actuelle, Marion Bierry montre d’emblée qu’il est question ici d’une femme avant tout, une femme qui aurait pu traverser sa vie de reine de façon ordinaire, profitant sans conscience d’un luxe dû à sa position, mais n’ayant pas d’autre ambition que de remplir son existence avec tous ces avantages ainsi procurés. Elle ne soucie nullement des affaires de son mari le Roi Louis XVI, et lui-même, si l’on écoute ce qu’en dit Zweig, manque fort des attentions qu’exige son titre. Intéressé par ses propres loisirs dont la chasse en est un de ses favoris, Louis XVI n’attache d’importance qu’à de menus faits qui jalonnent son quotidien. Les affaires du royaume et les souffrances du peuple lui sont lointaines, il rechigne à s’en soucier et son journal qui fait mention de ce mot resté célèbre « Rien » quand les Parisiens se lèvent, est un témoignage accablant de son indifférence vis-à-vis de sa charge. Venue d’Autriche pour l’épouser afin de répondre aux besoins de la diplomatie, Marie-Antoinette n’aura pas plus le sens des responsabilités que son roi de mari. Mais l’histoire, par son évolution tragique, l’a tirée et quasi soulevée au-delà d’elle-même et c’est cette progression au fil des événements que Marion Bierry nous donne délicatement à ressentir.

    © Pascal Gely

    “Seuls les moments de crise comptent dans une vie”, écrivit Stefan Zweig. Suivant cette remarque, la comédienne garde fidèlement la tonalité du texte et elle transmet au public l’empathie toute en nuances qui caractérise les biographies de Zweig. Elle rentre sans exubérance dans la peau et la tête de cette femme devenue reine. Le spectacle se déroule dans une agréable fluidité et avec une lecture suffisamment moderne pour que toutes les femmes et chaque spectateur soient concernés. Alors que la France bascule brutalement, la reine glisse avec un étonnant revirement de la frivolité à la dignité. Traitée avec grossiéreté, elle répond avec sincérité, et quand ses accusateurs s’en prennent à ce qui est essentiel , à savoir ses enfants, c’est le meilleur d’elle-même qui se révèle.

    Thomas Cousseau, avec la même clarté et même simplicité, nous permet de comprendre le contexte historique. Il permet de saisir toutes les trahisons, tous les calculs au sein du royaume mais aussi dans toute l’Europe. De part et d’autre, de Mirabeau aux frères du roi et de la reine, les intérêts et les infidélités favorisent l’effusion vers le sang. Mais le spectacle, sans aucune démonstration ni effet, reste le reflet de ce qui se joue dans les profondeurs intimes de Marie-Antoinette. Avec sobriété et au plus près des mouvements sans bruit de la psyché individuelle, Marion Bierry et Thomas Cousseau incarnent calmement, à l’opposé de la tempête révolutionnaire qui se joue à l’extérieur, la métamorphose d’une femme volage en femme qui impose le respect par sa fermeté et sa dignité .

    Emilie Darlier-Bournat

     

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