Montaigne au Théâtre de Poche : “Vivre c’est combattre”
©Victor Tonelli
Au Théâtre de Poche Montparnasse, le comédien Hervé Briaux nous invite durant une heure à partager un version abrégée et personnelle des Essais de Montaigne, dans une pénombre illuminée d’étoiles. Dans cette intimité philosophique pleine d’allégresse et de bon sens, c’est un moment théâtral d’une réjouissante densité et d’une nécessaire vitalité.
« Le monde n’est qu’une école de recherche »
Quelle belle idée que ce spectacle, remarquablement mis en scène par Chantal de La Coste, à partir d’une adaptation des Essais de Montaigne par Hervé Briaux qui les interprète sur scène ! Sa haute stature, sa voix profonde et sa diction parfaite nous cueillent littéralement au coeur de cette oeuvre autobiographique inédite, inspirée des philosophes de l’Antiquité, nourrie de ses nombreux voyages à cheval et de ses rencontres, qu’il se mit à composer entre 1571 et 1580, enfermé dans une tour de son château et entouré de ses livres. La modestie, la clarté de son style imagé, l’importance qu’il accorde aux animaux, à la nature, qu’il place à égalité avec les humains dont la suffisance, l’arrogance, les fait ressembler à des singes qui s’empressent de grimper aux arbres pour montrer leur derrière, sont autant de perles qui jaillissent de cette prose directe qui nous atteint par son évidence et son actualité.
Modestie et tolérance

©Victor Tonelli
Montaigne, qui renvoie dos à dos les préjugés et les habitudes, la pratique religieuse affichée et répétitive, l’envie et la médisance, nous avoue aussi se contredire sans-arrêt. Faible et fort, lâche et courageux, souple et déterminé, l’auteur se peint dans ses contradictions ordinaires et s’extrait en cela de tout dogme ou de toute morale. Hervé Briaux l’incarne ainsi, dans toutes ses contradictions et dans sa présence physique, et c’est pourquoi le personnage nous touche. Nous lui ressemblons. Sa morale, son éthique, serait plutôt celle de François Rabelais : un épicurisme humaniste, basé sur le plaisir, la jouissance de chaque moment, pour mieux envisager une fin de vie très naturelle et bienheureuse. Ami complice de La Boétie, qu’il vit disparaître prématurément, élu maire de Bordeaux après un grand voyage en Europe, Montaigne se révèle simplement en action, bataillant contre la douleur et la bêtise humaine. Sans jamais se peindre à nous comme supérieur. Et c’est cela, ce précipité philosophique d’une bienheureuse simplicité, d’une tonique évidence, qui nous est offert ici, durant simplement une heure de voyage. Le temps de stimuler notre désir de se plonger dans l’oeuvre complète.
Hélène Kuttner
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