Olivier Dubois – Rouge – Théâtre de Vanves
Loin d’un souci d’autopromotion, la philosophie du lieu consiste à donner des coups de pouce aux créateurs émergents, à promouvoir les échanges avec d’autres pays, et à donner une visibilité et des opportunités de collaborations aux pointures et aux compagnies en passe d’être confirmées.
Ce 1er décembre, en son jour humide, connut une soirée plus que chaude. Olivier Dubois a présenté sa création sur le plateau qui avait vu deux fois la précédente pièce, Révolution, où des danseuses cheminaient autour de poteaux en une transe hypnotique et entêtante, bercée par Ravel. Epuisement fascinant.
Ici, le contrepoint masculin du solo du chorégraphe est une construction d’une intelligence redoutable. Perché sur des talons, en minijupe, l’éloge de la lenteur prend forme. Le rouge apparaît, sur le corps du danseur, comme non pas des drapeaux du communisme et de ses avatars, du moins pas tant… mais en tant que stigmates christiques sur un corps en quête de sens. Des casques de moto, des hauts parleurs, la lumière enivrante de Patrick Riou, les chœurs de l’armée rouge, une scénographie efficace car dépouillée…
L’écrin du plateau voit jaillir des émotions, des sensations, des questions, d’un corps hybride qui parle. Puis crie. On pourrait penser à la maladie, à une excroissance, à des saignements, à des appels au secours… ou à Munsch. Or le propos n’est ni psychologique, ni même à la limite politique, du moins au sens strict. La poésie qui enrobe cette chair qui ploie et se déploie est d’une abstraction performative redoutable, et elle agit en l’âme du spectateur en scansions d’une révolution intime que rien n’arrêtera. Olivier Dubois est capable d’incarner toutes les figures de l’humain, masculin ou féminin, en un corps rougi par le désir, la pulsion, la motivation, en bravant les engrenages des manipulations qui peuvent en découler.
On sort de là sonné, réjoui, et bouleversé à la fois. Sans aucune piste didactique qui plomberait le propos esthétique, d’une avant garde dont l’audace n’a d’égal que la grâce…
Après ce coup de poing ganté de velours, José Alfarroba a fait le plaisir au public d’une présentation de la 14ème édition du festival Art Dan Thé, qui se tiendra du 17 janvier au 31 mars, mêlant les pointures aux émergences, en théâtre comme en danse, dans un souci de faire se rencontrer les deux mondes, chose trop rare en France pour que ce ne soit pas souligné. Au sein de cet événement, le Ma Gang avec Montréal verra le jour du 9 au 24 mars, et les suites de l’échange avec la ville de Tilburg et son théâtre sémillant dirigé par René Jagers réjouiront les vanvéens comme les visiteurs de toute la France.
Car Art Dan Thé, c’est du bonheur, un espace où la convivialité est au service des rencontres et des réalisations des désirs les plus fous de créateurs qui marquant leur époque…pour faire avancer en douceur les mentalités. Précieux combat en nos temps mouvementés.
Bérengère Alfort
[Visuel : Rouge (Révolution-révolution). Crédits : Arnaud Bouvier]
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