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    Dario Fo

    7 mai 2013
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    Dario Fo

    Dario Fo naît en 1926, sur les bords du lac Majeur. Il est issu d’une famille mi-paysanne, mi-ouvrière, de tradition prolétaire et antifasciste. Son grand père, « fabulatore » de renom, joue un rôle de mentor et initie le jeune novice au théâtre populaire. Car l’enfant cultive une sensibilité artistique, qu’il exprime également en dessin et en peinture.

    Dario Fo intègre l’académie des Beaux-arts de Milan, section architecture. Diplôme en poche, il se lance, en 1950, à la radio et à la télévision ; une occasion d’écrire ses premiers monologues comiques, intitulés Poer Nano (Pauvre Nain). Il s’illustre également en tant que comédien, monte des revues satiriques et collabore avec le Piccolo Teatro de Giorgio Strehler.

    C’est sur les planches qu’il fait la rencontre de la femme de sa vie. Franca Rame est une actrice issue d’une grande famille de comédiens populaires. Les tourtereaux se marient en 1954. Inséparables, leur vie privée se double d’une collaboration artistique. Le couple adapte des farces traditionnelles et signe des comédies. En 1959, l’œuvre Gli Arcangeli non giocano a flipper (Les archanges ne jouent pas au flipper) s’avère un succès incontesté. L’association « Nuova scena », fondée en 1968, est le fruit d’une collaboration avec le parti communiste italien. Mais le collectif ne survit pas à des conflits idéologiques. En 1970, Dario Fo rompt définitivement avec le parti et inaugure une nouvelle structure, « La Commune ». Les années 1970 sont placées sous le signe du succès. Dario Fo se forge une renommée internationale.

    Le théâtre de Dario Fo est investi d’une portée politique et sociale. Le militant d’extrême gauche donne la parole au peuple. Mystère Bouffe (1969) est assimilé à une épopée des opprimées. Mort accidentelle d’un anarchiste (1970) prend parti pour une révision du procès de l’anarchiste Guiseppe Pinelli. L’écrivain redécouvre un théâtre médiéval et ses traditions populaires, redonne la parole à toute une culture populaire, occultée par les élites. Il s’inspire également de la commedia dell’arte. Son théâtre empreint de fantaisie, de grotesque, mélange les genres, emprunte au cirque ou au cabaret, se joue dans des espaces non conventionnels : maisons du peuple, chapiteaux, cinémas, salles de bal ou encore jeux de boules. Avec sa femme, le dramaturge écrit encore une série de monologues engagés en faveur du divorce ou de l’avortement.

    Le trublion fait désordre et s’attire bon nombre d’ennuis : procès en tout genre, démêlés, controverses avec les institutions italiennes que représentent l’État, la police, la télévision ou le Vatican. L’artiste n’est pas au bout de ses peines. Le pape fustige Mistero Buffo. L’émission « Canzonissima » subit la censure. Dario Fo se voit même interdire l’accès au sol américain à cause de son action de soutien aux détenus, dans le cadre de l’association « Soccorse Rosso ».

    Cependant, l’écrivain controversé jouit d’une réputation et d’une assise de plus en plus confirmées sur la scène internationale. Il est sollicité notamment pour monter de nombreuses pièces de Molière à la Comédie française. En 1997, son œuvre est couronné par le Prix Nobel de Littérature. Il reçoit également un Molière à Paris en 2000 pour Mort accidentelle d’un anarchiste.

    Dans les années 2000, Dario Fo écrit de nouvelles comédies et fustige Silvio Berlusconi à travers ses pièces Ubu roi, Ubu bas ou L’anomalo bicefalo. Dario Fo s’inscrit aujourd’hui, dans le paysage culturel italien, comme l’un des dramaturges les plus connus, à l’instar de Carlo Goldoni.

    Jeanne Rolland


    Bibliographie sélective

    Citations

    • « Ecoutez ce silence, quel grand fracas il porte en lui ; et rien ne sert de se couvrir les oreilles. » (Passione)

    • « Existe-t-il une culture populaire ? Cette question m’a toujours laissé comme deux ronds de flan : comment douter qu’une telle richesse d’expression créatrice existe ?» (Le Monde selon Fo)

    • « Le jeu, le courage et l’ironie sont les trois éléments qui seuls peuvent rendre supportable l’idée de la fin. » (Le Monde selon Fo)

    [Visuel : Dario Fo durante lo spettacolo al Mondomare Festival a Lerici, 22 June 2007. travail personnel de William Domenichini. This file is licensed under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license.]
     

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