“Affabulazione” de Pier Paolo Pasolini, tragédie moderne
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Affabulazione De Pier Paolo Pasolini Mise en scène de Lucas Bonnifait Avec Jean-Claude Bonnifait, Pauline Cheviller, Ava Hervier, Antoine Louvard, Thomas Matalou et Raouf Raïs Du 4 au 8 novembre 2014 Tarifs : de 7 à 18 € Réservation au Durée : 1h30 Théâtre de Vanves M° Malakoff-Plateau de Vanves |
Au théâtre de Vanves, Lucas Bonnifait s’empare d’Affabulazione, de Pier Paolo Pasolini, dans une mise en scène sobre et intense.
Quarante ans après la disparition de Pier Paolo Pasolini, le pouvoir de fascination du dramaturge italien opère toujours : cette saison, sa pièce Affabulazione (1969) est mise en scène au TNP par Gilles Pastor, à la Comédie de Saint-Étienne par Stanislas Norday, mais aussi au théâtre de Vanves… Là, Lucas Bonnifait parvient à préserver la force du texte. Un langage pourtant “à la fois difficile et facile“, prévient le spectre de Sophocle en prologue, “difficile pour une société qui vit le pire moment de son histoire, facile pour les rares lecteurs de poésie”. Sans artifice, Lucas Bonnifait se fait le passeur de ce récit, tragédie contemporaine dont les ressorts nous échappent : “Mon théâtre est un théâtre de texte, je commence toujours le travail avec le souci de comprendre l’essence du texte, sans aucune idée préconçue”, écrit-il. Le dispositif frontal, l’épure de la scénographie, bien que troublée par un jeu de lumière agressif, conquiert l’attention du public. Un père de famille, riche industriel du nord de l’Italie, sort d’un rêve agité dont il se souvient à peine : tout jeune enfant, il aperçoit les jambes d’un grand garçon. Ce sont celles de son fils. “Tout à présent commence par ce rêve”, annonce-t-il, troublé mais déterminé. Sa vie, ses certitudes implosent. Sa relation à son fils est au centre de cette mise en révolution obstinée et absurde. Qui est ce rejeton trop blond qui semble ne vouloir que s’éloigner de lui, sans même chercher à s’opposer ? Ce fils beau et jeune, plus fort que lui, qui est déjà ce que lui n’est plus, qui sera bientôt ce que lui ne sait plus être désormais : un père ? Obsédé par la résolution d’une énigme qu’il est le seul à percevoir, ce héros tragi-comique est traversé par la jalousie, l’attirance et la répulsion. Rien, ni même le meurtre-climax de son propre fils, ne lui fera retrouver le repos. Cet Œdipe inversé ouvre une réflexion plus large sur la paternité contemporaine – démissionnaire, destituée ? – et sur la filiation. “Ce spectacle n’est pas un passage agréable, il n’est pas fait pour être cela. Il convoque des sentiments d’âpretés, de dérangements et de grandes ambiguïtés”, assume Lucas Bonnifait. Une fable contemporaine pour comprendre un peu plus le monde… Pasolini le fait dire au spectre de sa pièce : “L’homme ne s’avise de la réalité que quand il l’a représentée. Et rien, jamais, n’a pu mieux la représenter que le théâtre.” Christelle Granja [Photo © Martin Colombet] |
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