Regarde maman, je danse
Une table, deux chaises et deux poupées. Le plateau est sobre, mais l’histoire de Vanessa Van Durme est compliquée. Pieds nus et vêtus d’une simple robe de nuit rose, l’auteur et interprète livre sans pudeur les souffrances de son enfance, sa quête infinie du bonheur et l’inadéquation caractérisant la relation qu’elle entretient avec son corps.
Légèrement, le spectacle commence par des considérations-clichés sur le côté misogyne des sociétés contemporaines : entre les enfants, le travail et la maison, les femmes ont trois métiers, sans parler de la corvée de la nuit, alors que les hommes n’en ont qu’un. Toutes ces femmes, éreintées par leur journée surchargées, n’ont pas eu le choix de leur condition, elles sont nées ainsi. Alors qu’il fait mieux vivre d’être un homme, Vanessa, elle, a choisi de devenir une femme et de rejoindre le camp du sexe faible.
La question d’un non choix.
Or, ce que dévoile la pièce, c’est justement que cette décision n’était pas un choix. Vanessa n’était pas elle-même dans ce corps d’homme et ce sentiment d’inadéquation qui traverse son être, elle le date au moment même de sa naissance. Elle a bien essayé l’homosexualité, mais la solution était ailleurs : il s’agissait de changer de corps. Et en effet, le seul instant de complétude vis-à-vis de son être, elle l’éprouve lors de son premier rapport sexuel à travers son nouveau corps, son corps de femme.
Entre le léger et le grave, l’amusant et l’émouvant, Vanessa raconte une enfance frustrée, passée à essayer de jouer aux jeux des filles, à se maquiller et à s’habiller des affaires de sa mère malgré la colère paternelle. Elle fait part de sa jeunesse à s’essayer à l’homosexualité, elle livre le récit cocasse de son opération au Maroc, en 1975, celui de sa deuxième naissance, une naissance vaginale et marocaine comme elle s’amuse à le dire.
Or toutes ces confidences ne manquent-elles pas un peu de retenue ? Le spectateur ne se retrouve-t-il pas dans la position indélicate du voyeur, face à cet être dont l’émotion et la souffrance ont tout l’air d’être réels ? Cependant Vanessa ne fait pas de manières, et puisqu’elle a décidé de se livrer, elle livre tout mais en cherchant à nous mettre à l’aise. Ainsi à travers la problématique de son genre identitaire, l’auteur et interprète questionne un autre genre, celui, littéraire, de l’autobiographie au théâtre, de ses limites et de l’absence de distance qu’il établit entre le spectateur, la fiction et le réel.
Chloé Goudehooft
De et avec Vanessa Van Durme
traduction Monique Nagielkopf
mise en scène Frank Van Laecke
coaching Griet Debacker
lumières Jaak Van de Velde
Du 11 au 16 mai 2009
Renseignements
tél : 01 42 74 22 77
www.theatredelaville-paris.com
Théâtre de la Ville.
les ABBESSES
31 rue des Abbesses
Paris 18
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