Sœurs d’exil à Chaillot par Wajdi Mouawad
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Sœurs De et mise en scène de Wajdi Mouawad Avec Annick Bergeron Jusqu’au 18 mai 2015 Du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h Tarifs : de 11 à 35 € Durée : 2h10 Théâtre National de Chaillot M° Trocadéro |
Jusqu’au 18 mai 2015
Wajdi Mouawad n’en finit pas de détricoter les fils de son histoire familiale qui débute au Liban, traverse la France puis le Canada où il a développé sa compagnie depuis les années 90. Auteur, comédien, metteur en scène, ce créateur bouillonnant et sensible a marqué l’histoire du théâtre avec Incendies, Littoral ou Forêts, spectacles-fleuves qui ont fait le tour du monde. Avec Sœurs, qui est joué par une seule comédienne, c’est une femme qui prend la parole, pour toutes ses sœurs, pour l’auteur et pour nous-mêmes. Seule dans une chambre d’hôtel à Ottawa Devant nous, Annick Bergeron, comédienne et inspiratrice du spectacle avec la grande sœur de l’auteur, Nayla, dont l’histoire irrigue le spectacle. Mais Nayla n’est pas présente. C’est Annick, sœur de théâtre de Wajdi Mouawad et qui a interprété Nawal dans Incendies, qui prendra la parole, interprétant plusieurs personnages durant les deux heures de spectacle. C’est aussi son identité qui est utilisée dans la première partie du spectacle, dans le personnage de cette avocate brillante qui joue les médiatrices là où les conflits grondent en Afrique. Annick roule lentement et traverse une tempête de neige entre Montréal et Ottawa, alors que sa mère l’informe de la mort de son oncle et qu’une autre sœur apparaît en filigrane, amérindienne et exilée elle aussi. Ce qu’il y a de très beau et de très drôle dans la première partie de la pièce, c’est ce personnage de médiatrice, impératrice de la parole et de la communication transculturelle, propulsée dans une chambre d’hôtel interactive où les objets sont téléguidés, les ordres doivent être donnés en anglais pour que la lumière s’allume dans les toilettes et les canettes de Coca-Cola sont débitées sur votre carte bleue dès lors que vous ouvrez le réfrigérateur. Un monde technologique et déshumanisé, définitivement anglophone, qui fait progressivement disparaître Annick sous le matelas. Sous la moquette, derrière les murs dévastés de la chambre explosée, flotte l’âme d’Annick. C’est alors que son double, sa sœur jumelle, apparaît dans le personnage de l’agent d’assurance dépêché pour établir le constat. Les deux femmes vont entrer en contact par le biais d’une même thématique, l’identité brouillée, la déchirure d’une enfance brisée, la quête d’une langue maternelle par-delà la mondialisation d’un monde uniforme qui aplanit les différences. La comédienne Annick Bergeron est étonnante dans ce solo multiforme, présence attachante et vibrante d’humanité dans la scénographie efficace d’Emmanuel Clolus qui parvient grâce à ses incrustations dessinées et ses vidéos créatives à démultiplier les scènes et la présence de la comédienne. Les images du Liban dévasté et d’une jeunesse sacrifiée sont évidemment présentes à travers cette plongée dans l’intime de ce cycle “domestique”, moins flamboyant et extraordinaire que ses pièces à plusieurs personnages. Mais on entend pleinement la corde cassée de la guitare de Beyrouth remplacée par celle d’un violoncelle de la Philharmonie de Berlin. Hélène Kuttner [Photos © Pascal Gely] |
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