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Sous les fleurs de la forêt de cerisiers, le fantastique japonais à Chaillot

© Kishin Shinoyama

Dans le cadre du programme Japonismes à Paris, Hideki Nada, grand auteur et metteur en scène, présente pour la première fois en France sa fresque spectaculaire qu’il avait créée en 1989 et adaptée plusieurs fois. Véritable comédie fantastique, Sous les fleurs de la forêt de cerisiers fait entrer sur la scène parisienne une marée de pétales roses où évoluent des créatures merveilleuses et démoniaques.

Porté par un souffle épique tout autant qu’humoristique, le spectacle est une pièce phare du théâtre contemporain de Tokyo. Inspirée par deux textes d’Ango Sakaguchi, il brosse l’histoire fondatrice du pays du Soleil Levant à travers des légendes qui remontent au 18e siècle ainsi que des épisodes guerriers qui voient l’arrivée du premier Empereur. La trame se noue autour du seigneur de Hida et de ses deux filles aussi ravissantes l’une que l’autre. Elles ont toutes deux seize ans, mais l’une est cruelle et l’autre est cordiale. Afin de les protéger, leur père demande à trois maîtres sculpteurs de tailler la figure de Bouddha sur du bois et après un long travail semé d’embûches sanglantes, le meilleur des trois sera choisi après de terrifiantes rivalités. Cependant, l’affaire commence mal, car en réalité ils ne sont pas les artistes que l’on croit, et les usurpateurs vont malgré eux être entraînés dans une épreuve non seulement artistique mais amoureuse, érotique et politique.

© Kishin Shinoyama

Métaphorique et se déroulant comme un conte, la pièce transporte le public dans un univers fantastique dominé par les « onis » ou démons. Tout s’articule autour de ces créatures qui n’ont pas ici la connotation occidentale que nous connaissons mais qui représentent tous ceux qui sont en-dehors de la communauté. Cette notion qui interroge notamment la thématique des exclus, des étrangers, de la définition de l’Etat et du tracé des frontières, immerge dans une réflexion politique, donnant à la pièce un versant très actuel. Le plateau est animé en permanence d’une palette soyeuse et colorée, où une trentaine de comédiens courent et font apparaître des figures masquées effrayantes, alors que les jeunes filles maquillées arborent d’admirables visages de poupées. Des tableaux grandioses se succèdent dans cette fresque au rythme tonique, où de savoureux jeux de mots et traits d’humour sont parsemés. « Il est pas sidérant ton Siddharta » ainsi que de nombreuses tournures de vocabulaire, avec une traduction fameuse afin de toucher l’esprit français, dénotent un vrai sens ludique qui vient pétiller tout au long de cette pièce où l’âme des artistes est sondée et où l’Histoire se réécrit.

Emilie Darlier-Bournat

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