“The other place, after Antigone” : un sidérant tourbillon familial
©Martin-Argyroglo
Le Britannique Alexander Zeldin revisite l’histoire d’Antigone, qui revient aujourd’hui dans sa famille après la mort de son père. Un huis-clos sidérant de tension, porté par six comédiens habités, durant une heure et quinze minutes d’un théâtre à l’os au Théâtre de la Ville, avec le Festival d’Automne.
Sous la famille, le chaos
Dans une maison en chantier, avec vue nocturne sur un grand jardin, une famille s’est donné rendez-vous pour disperser dans le parc les cendres d’un des leurs à la date anniversaire de sa mort. Ses deux filles, Annie (Antigone) et Issy (Ismène) sont présentes, mais Annie s’est bien fait attendre et débarque maussade, avec sac et dos et une colère sourde. C’est que leur oncle, Chris (Créon) a décidé de répandre les cendres de son frère, présentes dans une urne, dans le jardin. Une manière pour lui de faire définitivement le deuil de son frère, qu’il juge trop encombrant, pour débuter une nouvelle vie. Annie s’oppose radicalement à cette idée en s’emparant violemment de l’urne, face à sa soeur, à leur tante Erica et à leur cousin Leni, qui assistent médusés à ce mélodrame impromptu. De ce différent familial, Alexandre Zeldin déploie une intrigue poignante où explosent successivement les souffrances de chaque personnage, leur rivalités, leur jalousies et leurs secrets.

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Des blessures plus nombreuses à l’intérieur des familles
La famille ici, dominée par la figure de l’oncle, interprété par l’impressionnant Nick Fletcher, fonctionne comme un état fortifié qui instaure de fait le pouvoir dictatorial du plus puissant, du plus riche. Comme un jeu de dominos, sur lequel soufflerait le vent de la vengeance, chacun des membres de la famille fait jaillir sur les autres sa propre souffrance, sa propre solitude, derrière le lisse vernis des convenances sociales. On devine donc que la mort énigmatique du père en a traumatisé plus d’un, dont Annie, Antigone contemporaine, qui s’oppose frontalement à son oncle, avec lequel il apparaîtra qu’elle entretient des liens secrets. Seule Erica et son fils Leni assistent médusés au spectacle de ce grand déballage intime, sidérés, comme les spectateurs, à l’idée que la famille, les liens de parenté, puissent générer de telles violences.

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Réalisme total
L’unité d’espace et de temps gouverne ce beau travail, qui est incarné par des comédiens anglais formidables de vérité et de puissance. Les répliques sont envoyées efficacement, à la vitesse de l’éclair, non sans humour, dans ce temps court d’un drame fabriqué en direct. Ella Bruccoleri est poignante dans le rôle d’Annie, aux côtés de l’émouvante et sensible Imogen Elliott qui joue sa sœur. Alicia Charles (Erica), Jerry Killick qui incarne Terry, le copain de Chris, et Tylan Grant (Leni) rivalisent de justesse et de simplicité sans outrance. Le drame antique prend ici les couleurs techno de notre époque, et le pouvoir politique s’est mué en pouvoir familial. Une réussite.
Hélène Kuttner
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