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« Un Jeu de l’amour et du hasard » gagnant à la Porte Saint-Martin

Hélène Kuttner 30 janvier 2018
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© Pascal Victor

Vincent Dedienne dans le costume d’Arlequin, Laure Calamy dans celui de Lisette et Clotilde Hesme dans le rôle de Sylvia, voici un juteux casting pour l’une des comédies les plus célèbres de Marivaux. Avec Catherine Hiegel à la mise en scène, la pièce est montée avec clarté, fraîcheur et dans la gaieté. Une réussite à savourer à tous âges.

La lumière sur un texte sensationnel

© Pascal Victor

Le jardin d’une grande maison aux colonnades et pierres de taille, mangée par une végétation luxuriante (très beau décor de Goury), tel est le cadre de l’intrigue à double jeu qui va se jouer devant nos yeux, manigancée par deux jeunes gens qui se méfient des faux-semblants. Pour mieux étudier le mari que lui destine son père, Sylvia échange avec sa suivante Lisette son costume et son rôle, sans savoir que le jeune homme qui lui est promis, Dorante, a fait de même avec son valet Arlequin. Sous leurs masques, chacun pourra ainsi à loisir observer l’autre, sans savoir que le déguisement met en parallèle les deux classes sociales. Marivaux, scénariste de génie, ne va pas faire en sorte qu’une maîtresse tombe amoureuse d’un valet. Il est trop fin et connaît trop les codes du 18° siècle pour tomber dans cette naïveté. En doublant le déguisement, il renverra chacun des personnages à son milieu, tout en leur donnant l’illusion de la liberté.

Une distribution épatante

© Pascal Victor

Le premier dialogue entre Sylvia et sa servante Lisette est d’emblée explosif. Comment peut-on épouser un homme que l’on ne connait pas, et dont on sait seulement qu’il est joli garçon ! Clothilde Hesme, longue silhouette de jeune femme fougueuse et rebelle, a des accents de révolte féminine dans une société encore régie par le machisme et la toute puissance des maris. Avec un franc-parler et une sincérité percutants, la comédienne se saisit finement des tirades de Marivaux sur la difficile cohabitation au quotidien avec les hommes à une époque où le divorce n’existait pas. Face à elle, Laure Calamy esquive, joue les effrontées et feint de ne rien comprendre avec un formidable talent. Audacieuse, inventive, d’une malice incroyable, la comédienne roucoule comme une tourterelle, très émue, dans le costume de sa maîtresse. Elle en fait des tonnes, certes, mais avec quelle intelligence du jeu, avec quelle sincérité elle donne le ton et renvoie la balle !

Une mise en scène joyeuse 

© Pascal Victor

L’atout de la mise en scène de Catherine Hiegel, qui connait bien ses classiques, est de faire saisir la gravité du propos de l’auteur, derrière le masque du jeu de rôles et des faux aveux, des échanges de costumes et des conversations fantasques, qui perce à jour les conventions sociales et la lutte entre les classes. Le traitement des corps, enlevé, naturel, fait la part belle aux acteurs et Vincent Dedienne, aérien et facétieux, nous régale dans le rôle d’Arlequin, effronté et roublard à souhait, il forme avec Laure Calamy un couple explosif et surprenant. Il faut savourer avec bonheur ce spectacle et l’offrir aux jeunes pour leur faire goûter un texte magnifique par ce jeu d’acteurs.

Hélène Kuttner

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