Une Mouette renversante au Théâtre de la Bastille
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La Mouette De Anton Tchekhov, adaptation de Clément Camar-Mercier Mise en scène de Thibault Perrenoud Avec Marc Arnaud, Mathieu Boisliveau, Chloé Chvalier, Caroline Gonin, Eric Jakobiak, Pierre-Stefan Montagnier, Guillaume Motte et Aurore Paris Du 6 au 11 mars à 20h, du 13 au 25 mars à 21h, du 27 mars au 1er avril à 20h Tarifs : 14, 17 ou 24 euros Réservation en ligne ou par tél. au 01 43 57 42 14 Durée : 1h50 Théâtre de la Bastille |
Ancrée hardiment dans notre époque, la Mouette proposée par le metteur en scène Thibault Perrenoud et la jeune compagnie Kobal’t décoiffe et séduit. Enlevée, drôle et directe, cette proposition-là, avec son adaptation contemporaine et l’interactivité qu’elle tisse avec les spectateurs répartis tous autour du plateau, est bien en phase avec un théâtre vivant, engagé par une sensibilité contemporaine, qui revivifie Tchekhov. On a vu des dizaines de Mouette. La pièce raconte, à la fin du 19° siècle, la trajectoire d’une jeune actrice, Nina, qui ne parvient pas à percer ni à vivre de son art et d’un jeune écrivain, Konstantin, qui ne peut exister sans elle, alors que cette dernière tombe éperdument amoureuse d’un romancier à succès, Trigorine, qui n’est autre que l’amant de la mère de Konstantin, elle-même actrice égocentrique et possessive. Bataille d’égos, angoisse du temps qui passe et obsession d’une vie réussie, désir de s’affirmer par des formes nouvelles dans un monde dominé par une bourgeoisie paresseuse, autant de thèmes que Tchekhov traite de manière impressionniste et moderne, anecdotique et grave. Sur une scène ouverte, tous feux allumés, la pièce commence par du théâtre dans le théâtre : Constant (Konstantin) déboule avec une furieuse énergie avec des sacs de terre, chevelure léonine et barbe, pour installer avec la participation du public et des autres personnages la scénographie de son art très contemporain. Autour de ce cirque, des chaises de tournage cinématographique au nom étiqueté : « maman », c’est Nina, la mère de Constant, jolie quadragénaire qui méprise ouvertement l’expérience de son fils ; « tonton » c’est Pierre Sorine, le frère d’Irène, soixante-huitard débonnaire qui brûle encore sa vie comme un beatnik: « Boris » alias Trigorine, le trentenaire orgueilleux qui se rêve en Tostoï. Quand Nina arrive, coupe de garçon manqué et salopette en jean, pour se fondre dans la motte de terre, en délivrant le poème surréaliste de Constant, l’auditoire explose entre grotesque et pathétique. L’adapatation du texte, signée Clément Camar-Mercier, regorge de clins d’oeil à l’actualité, jamais gratuits, du réchauffement climatique au théâtre privé, qui s’insèrent naturellement dans le fil des dialogues. Et quand, au deuxième acte, la terre se transforme en plage de sable, invitant à la paresse chacun des personnages. Après la convention théâtrale, celle du maillot de bain qui révèle les corps de ceux qui veulent les montrer. Comme pour « Le Misanthrope » monté dans ce même théâtre, les comédiens témoignent d’une même énergie, d’une même liberté, dans l’affirmation de leur personnage. Mathieu Boisliveau qui joue Constant, Chloé Chevalier dans Nina, Aurore Paris qui incarne Irène et Pierre-Stefan Montagnier-Sorine ont des moments bouleversants, notamment dans la dernière partie de la pièce. Une justesse de ton, dans un dispositif scénique d’une étonnante simplicité, qui est tout à l’honneur de ce jeune et talentueux collectif d’artistes et qui rend Tchekhov intemporel. Hélène Kuttner [Crédits Photos : © Clément Camar-Mercier] |
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