Voluntaries, La Pavane du Maure et Gnawa – Opéra de Nice
Lorsqu’il crée Voluntaries, en 1973, Glen Tetley vient de prendre la direction du Ballet de Stuttgart, à la suite du décès brutal de John Cranko. La compagnie est encore profondément endeuillée. Rarement dansé, Voluntaries est un hommage à la vie. Sur une musique de Francis Poulenc, la chorégraphie, classique et contemporaine à la fois, traduit la douleur de la perte et l’espoir qui donne la force de continuer. L’œuvre, par tout ce qu’elle véhicule, est complexe à interpréter. Elle aurait nécessité un plus grand engagement dramatique de la part des danseurs pour communiquer une certaine émotion.
La Pavane du Maure nous fait remonter le temps. Sur une pavane d’Henry Purcell, la tragédie d’Othello se joue à quatre. Deux couples d’amis se divertissent dans un bal. C’est un leurre. Si la danse matérialise leurs liens, elle est aussi le socle d’une machination. Othello se laisse convaincre par Iago que sa Desdémone le trompe, sur la base d’un mouchoir subtilisé par l’épouse de ce dernier. Le mari jaloux étrangle sa femme, avant de reconnaitre son erreur. Fin de l’histoire. La chorégraphie de Jose Limon conduit implacablement le drame. Eric Vu An nous livre une interprétation magistrale de Maure de Venise tandis que Céline Marcinno est une Desdémone magnifique de finesse et de sensibilité. Cesar Rubio Sancho, glaçant de machiavélisme et de calcul, incarne le maître de cette intrigue diabolique. C’est avec grand plaisir qu’on reverra cette œuvre.
Après Por vos muero, présenté l’an dernier, le ballet de Nice-Méditerranée continue sa collaboration avec Nacho Duato avec Gnawa. Cette fois-ci, le chorégraphe espagnol tire son inspiration d’une société africaine, les gnawas, qui utilise la musique et la danse comme moyen de parvenir à la transe. Dans une semi-obscurité, les danseurs nous entrainent en orient. La scène très virile où hommes et femmes semblent s’affronter, fait penser à la razzia des cavaliers du désert. La scène des bougies nous invite à une cérémonie nocturne tandis que le son de l’eau et des oiseaux nous plongent dans un jardin andalou. Puis les scènes s’enchainent et les danseurs nous transmettent une énergie puissante, de celle qui est capable de tirer l’esprit vers une dimension irrationnelle.
Stéphanie Nègre
Prochain programme du ballet de Nice-Méditerranée, du 23 au 31/12/12, avec l’orchestre philarmonique de Nice : Raymonda – grand pas classique de Marius Petipa, The Envelope de David Parsons et Suite en blanc de Serge Lifar. Pour plus d’informations : www.opera-nice.org
[Visuel : La Pavane du Maure. Photo Dominique Jaussein]
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