Wajdi Mouawad enflamme le verbe à la Colline
©Simon Gosselin
Sous les traits de son alter ego, l’auteur-acteur-metteur en scène nous propose une véritable épopée sur les traces de Philoctète et d’Oedipe à Colone, en Grèce, alors que son complice et poète Robert Davreu vient de mourir sans avoir achevé toutes ses traductions de Sophocle. Seul comme Ulysse, il part et traverse l’écran pour unir les mythes de la Grèce Antique avec les démons de la Grèce contemporaine.

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Revenir à l’essentiel
Wajdi Mouawad est un homme orchestre, un exilé déraciné qui a fait du théâtre et de la mythologie grecque sa matrice. Dans un spectacle autobiographique fleuve, il décide soudain de tout plaquer, alors qu’il est en train de répéter Philoctète avec des camarades sans en trouver la nécessité vitale. De ce confort occidental où on se cherche des raisons pour créer des héros, il va s’arracher violemment, quittant femme et enfants, en plein hiver, pour voler vers Athènes. Traversant l’écran enveloppé dans une parka noire, chaussé de rangers tout terrain, notre héros moderne va revivre dans un film où on le suit, rencontrant le chauffeur de taxi, visitant l’oracle de Delphes sur la trace de la mémoire universelle, mais percutant aussi la réalité de la Grèce contemporaine avec sa crise et sa misère morale.

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Le chien, le Styx et la dette grecque
Sur l’écran géant la mer Egée gronde et écume et Wahid, le jumeau de Wajdi, se prend pour Ulysse qui parcourt la mer pour se retrouver en lui-même. Le cinéma lui ouvre des horizons multiples, en même temps qu’il nous offre les visages graves de jeunes Grecs torturés par le mal être et le suicide par manque d’idéal. C’est l’une des séquences particulièrement fortes du spectacle. Ce manque de valeurs fortes, d’idéaux existentiels, remplacés aujourd’hui par les illusions du digital, le pouvoir de l’argent et les biens de consommation, le romantique Wahid et ses camarades assoiffés d’espoir le rejettent comme des ordures dans un terrain vague. A plusieurs reprises d’ailleurs, la vague marine interviendra comme une renaissance, et les ordures, les lieux dévastés par la ruine symbolisent notre monde en décomposition.

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Au commencement était le Verbe
Et la poésie, sans quoi rien ne serait possible. Après une plongée dans Hadès, le royaume des morts, Wajdi semble renaître comme un Sphinx de ses cendres. La colère, la rage, la révolte qui le caractérisent sont bien présents, mais l’apaisement vient avec le retour, avec la réconciliation, avec les mots. L’’écriture et la langage comme lumières pour renommer le monde. Certes il y a des longueurs dans ce spectacle épique, quelques clichés et redites, une propension à gonfler le verbe, mais l’aventure solitaire théatro-cinématographique de Wajdi Mouawad, dont on pourra revoir le magnifique « Tous des Oiseaux » en décembre, tente de dessiner une nouvelle utopie.
Hélène Kuttner
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