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    What if they went to Moscow ? : Les Trois sœurs entre théâtre et cinéma

    4 mars 2016
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    credits alinemacedo 2

    What if they went to Moscow ?

    Et si elles y allaient, à Moscou

    Spectacle en portugais surtitré en français

    D’après Les Trois sœurs d’Anton Tchekhov

    Mise en scène de Christiane Jatahy

    Avec Isabel Teixeira, Julia Bernat, Stella Rabello

    Jusqu’au 12 mars 2016

    Du mardi au samedi à 19h30 et le dimanche à 15h30

    Tarifs : de 14,50 à 29,50 €

    Réservation en ligne

    Durée : 1h45

    Théâtre National de la Colline
    15, rue Malte Brun
    75020 Paris

    M° Gambetta
    (lignes 3 et 3 bis)

    www.colline.fr

    Jusqu’au 12 mars 2016

    Ce spectacle orchestré par une metteur en scène brésilienne, Christiane Jatahy, composé d’un volet cinéma et d’un volet théâtre, nous offre une étonnante expérience immersive, de mise en abyme, entre théâtre et cinéma, fiction et réalité, adaptée des Trois sœurs de Tchekhov. Un chantier d’idées.

    À l’entrée du Théâtre de la Colline, des billets avec des vignettes bleues ou roses départagent les spectateurs entre une salle de théâtre et une autre de cinéma, deux facettes d’un même spectacle. La version cinématographique, filmée et montée depuis les planches, est retransmise simultanément sur grand écran. Au terme d’un entracte de 40 minutes, les spectateurs échangent de salle pour revoir la même histoire, d’un autre point de vue.

    credits_alinemacedo_6D’étonnantes sœurs se présentent à nous et ouvrent le spectacle. Olga, Irina et Maria (pour Macha) s’expriment en portugais, sous-titré en français. Elles nous interpellent et nous posent la question à savoir “comment changer ?”. L’action se déroule au Brésil, en province. Natacha ainsi que plusieurs personnages de la pièce ont disparu. C’est pourtant bien à Moscou que la jeune Irina rêve de se rendre ; fan de rock punk, elle espère marcher dans les pas des Pussy Riots. 

    Que l’on préfère la version classique ou cette adaptation, on ne pourra nier que l’atmosphère de la pièce originale est au rendez-vous : détresse, inaction de personnages perdus entre rêve d’ailleurs et réalité présente, instants d’allégresse ou ridicule pathétique et drôles de trois sœurs touchantes, emplies d’une triste tendresse. Les trois comédiennes qui se donnent sans lésiner imposent des présences fragiles et attachantes, laissent entrevoir leurs failles, avec doigté et délicatesse de jeu.

    Capture_décran_2016-03-06_à_17.01.54Immersion

    Et lorsqu’elles plongent dans un aquarium, on se prend à penser que c’est tout le spectacle comme un gigantesque aquarium qui nous englobe dans une expérience immersive. Invités à manger, boire ou encore danser avec les comédiennes, nous sommes filmés en direct et projetés sur grand écran. Entre réalité et fiction, Christiane Jatahy s’emploie à brouiller les frontières et nous nous retrouvons, spectateurs, inclus dans ce spectacle en tant que personnages et acteurs.

    Entre-deux

    La référence lynchéenne, où Olga semble explorer à la bougie ce qui ressemble à des couloirs et voit se dérouler une succession de scènes réelles ou rêvées, s’incorpore bien et explicite l’esprit de la mise en scène. Entre cinéma et théâtre, fiction, rêve et réalité, temps présent et futur de la représentation, l’artiste explore intelligemment et à sa manière cet “entre-deux” tragique, ce vide qui hante Tchekhov. 

    credits alinemacedo 4

    Société “du selfie”

    Trois caméras pour trois sœurs. Les objectifs ont pris la place des personnages, techniciens d’un tournage.  À l’époque du selfie à tout va, d’une forme d’hyper-représentation sociale, où l’on met en scène sa vie à défaut de la vivre, une critique actuelle résonne.

    Si nous sortons interpelés, concernés et touchés par ce spectacle, nous émettons quelques réserves. Cette scission du spectacle en deux parties ne manque pas d’intérêt dramaturgique mais constitue également sa faille. Deux séances distinctes et longues chacune d’une heure trente nous amènent à intellectualiser à défaut de vivre une histoire déjà connue, déjà vue. C’est bien Tchekhov qui disait : “Plus c’est court, mieux ça vaut… La brièveté est sœur du talent.” À prendre ou à laisser !

    Jeanne Rolland

    [embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=141&v=k8jJoAOkjbU[/embedyt]

    [Visuel : What if they went to Moscow, Théâtre de la Colline © Aline Macedo, Milena Abreu]

     
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