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“Yes !” : opérette virevoltante à l’Athénée

Hélène Kuttner 3 janvier 2020
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© Michel Slomka

Nouveau défi de la Compagnie Les Brigands, remonter une opérette de Maurice Yvain, datant de 1928, qui mêle le vaudeville de Feydeau aux intempéries de la finance avant la crise de 1929, avec un héritier au cœur d’artichaut et un valet de chambre qui court pour la députation communiste dans le XVIe arrondissement de Paris. Une totale réussite produite par le Palazzetto Bru Zane, à découvrir au plus vite.

Un travail de troupe

© Michel Slomka

Efficaces, poétiques, burlesques, raffinés, les spectacles des Brigands ravissent des publics divers depuis une quinzaine d’années, en dépoussiérant avec un humour déluré, style Marx Brothers, mais avec une technique irréprochable des opérettes françaises aux titres cocasses, de Messager ou de Claude Terrasse. Constamment à cheval entre le théâtre et la musique, les deux metteurs en scène Vladislav Galard et Bogdan Hatisi, qui ont commis des spectacles avec Les Chiens de Navarre, Jeanne Candel et Samuel Achache, s’en donnent à cœur joie dans le délire érudit avec de jeunes interprètes tous terrains qui n’ont pas peur de jouer au quatrième degré, tout en maîtrisant parfaitement leur corps, leur instrument ou leur voix.

Une situation ubuesque

© Michel Slomka

Dans cet opus signé Maurice Yvain, destiné à seulement deux pianos, sur un livret de Pierre Soulaine et René Pujol et des lyrics d’Albert Willemetz, on suit la tragédie conjugale de Maxime Gavard, héritier indolent du roi des nouilles René Gavard, qui impose à son pauvre fils un mariage avec une riche héritière de Valparaiso alors qu’il a le béguin pour une femme mariée, Madame de Saint-Aiglefin. Le mari légitime de cette dernière lui conseille un alibi de choc pour éviter ce mariage : fuir à Londres en épousant en blanc sa manucure, une fille modeste et naïve qu’il finira, tout naturellement, par aimer d’amour. Dans une scénographie artisanale et malicieuse de François Gauthier-Lafaye, qui suspend par exemple un hamac normand entre les deux pianos, arrosés de lampions style La Revue Nègre, Célian d’Auvigny est ce dandy sentimental qui se balade en caleçon de soie dans l’après-midi pour laisser ses longues mains à Clarisse Dalles, soprano léger qui prête à Totte, la manucure, une fraîche spontanéité.

Du Touquet à Londres

© Michel Slomka

Mathieu Dubroca est ce délicieux valet de chambre communiste et fier de l’être, qui parade avec des affiches électorales dans Passy, Gilles Bugeaut et Anne-Emmanuelle Davy composent le couple des Saint-Aiglefin en tenue d’aviateurs, tandis que Caroline Binder et Emmanuelle Goizé se révèlent explosives dans les rôles de Clémentine et de Marquita Negri, la tigresse nymphomane. Mussolini en tenue de Superman, Éric Boucher est impayable en Caruso du capitalisme et roi des pâtes alimentaires et Flannan Obé l’inénarrable Roger. Mais il faut saluer, outre le talent communicatif des acteurs chanteurs et danseurs, les formidables musiciens Paul-Marie Barbier, piano et vibraphone, Mathieu Bloch à la contrebasse et Thibaud Perriard, percussionniste hors normes et pianiste élégant, qui inventent, composent, brodent des swings détonants sur des airs de blues et d’opérette sucrée, trio jazz contemporain qui se balade tranquillement dans l’entre-deux-guerres et le mélange franco-américain des styles. Formidable, gai et d’une fraîcheur sacrément tonique.

Hélène Kuttner

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