0 Shares 1739 Views

Prix Icart Artistik Rezo : nouvelle censure de Facebook

Eléanore Boutrois 27 janvier 2018
1739 Vues

Le Prix Icart Artistik Rezo expose ses candidats à Éléphant Paname jusqu’au 28 janvier 2018. De nouveau, un très bon cru pour cette 10e édition, avec dix jeunes artistes, aux techniques et médium divers. Mais après quatre mois de travail, les organisateurs se sont vus injustement privés d’un canal de promotion, et non des moindres : leur page Facebook. Le jour du vernissage de l’exposition, évidemment !

Quelle affreuse ignominie ont commis les étudiants de l’Icart qui organisent le Prix ? Ils ont osé poster les photos d’œuvres de Mathieu Andrieux. Ce diplômé de l’École de Condé de Paris fait partie des dix artistes retenus pour l’exposition collective du Prix, lors de laquelle les Prix ont été attribués.  D’emblée, le travail de Mathieu Andrieux touche car il cherche à troubler notre perception. Ses photographies traduisent une réflexion autour de l’inadaptation de l’être humain à lui-même et de sa difficulté à s’inscrire dans le monde (Insaisissable), la beauté de l’imparfait rendu par ce corps décomposé (Corpus-imperfectis).

mathieu-andrieux-photographie-insaisissable

Le nu dans l’art

Seulement, le travail de Mathieu Andrieux implique l’un des plus anciens motifs connus de l’histoire de l’art : le nu. Oui, du nu, vous avez bien lu, à défaut d’avoir vu ! Le nu en question est un nu que l’on pourrait décrire comme « simple ». Il nous est exposé ici. Pas imposé. La modèle se tient devant nous, son corps est divisé en plusieurs parties et c’est à notre regard de le recomposer.

Le nu, motif d’étude fascinant, est surtout le plus ancien des motifs. En effet, les premières peintures rupestres, ou sculptures païennes qui rendaient hommage à la féminité, avaient pour motifs des corps dans le plus simple appareil.

Mais le nu est plus qu’un motif ou une simple inspiration : c’est une caractéristique humaine, une partie de nous. On peut le considérer de différentes manières, le voir comme une simple enveloppe, comme l’expression de notre fragilité ou comme un retour à nos origines. Facebook, lui, le voit comme un interdit.

facebook-censure-frandroid

Censures

Sept ans après l’affaire de l’Origine du monde, Facebook s’offusque encore de voir apparaître des travaux artistiques avec du nu. En 2018, sur un réseau social, un réseau de partage où les enfants de moins de 13 ans ne sont (heureusement) pas admis. Aujourd’hui, à l’heure de la pornographie, de l’accès illimité au sexe, partout sur internet, c’est encore une œuvre d’art qui trinque…

En effet, si Mark Zuckerberg reconnaît que des erreurs de ce type ont lieu sur Facebook et qu’il faudrait que cela change, ce n’est absolument pas la première fois. Après Courbet ou Helmut Newton, combien d’autres œuvres seront évincées d’un réseau où circulent pourtant sans problèmes des images de violences, de haine et de bêtise ?

Ne laissons pas Facebook, et les personnes qui s’offusquent encore de voir un nu, gâcher la liberté d’expression ! Enfin, si vous souhaitez en savoir plus, ou tout simplement rendre hommage à ces étudiants qui promeuvent, diffusent et valorisent l’art contemporain, je vous invite à aimer la page Facebook du Prix Icart Artistik Rezo.

Kevin-Bideau-Prix-du-Public-2018-Eléphant-Paname

© Stellart Photography

Exposition collective jusqu’au 28 janvier

 Je vous invite également à vous rendre ce dimanche à Éléphant Paname pour voir, de vos yeux, le travail de Mathieu Andrieux, mais aussi des neuf autres artistes qui méritent le détour (entrée libre).

La sélection de cette année est un espoir, un espoir pour l’art, car les jeunes artistes que vous y découvrirez sont bourrés de talents : interagissez avec le travail de la stratège Camille Sauer, des jeux d’échec aux allures de conflits mondiaux ; prenez un peu de couleur en vous rendant au premier étage, où sont exposées les œuvres de Kevin Bideaux (Prix du Public) dans le superbe écrin qu’est Éléphant Paname ; laissez vous transporter dans l’univers de Katarzyna Wiesiolek, qui livre des dessins plus vrais que nature. Son fusain contient « un je ne sais quoi » de notre vie et c’est très beau.

 

Étienne-Pottier-Prix-du-Jury-2018-Éléphant-Paname © Pauline Fiquet

© Pauline Fiquet

Et bien sûr, découvrez Étienne Pottier le lauréat du Prix du Jury de cette 10édition. Un futur Damien Hirst ?

Eléanore Boutrois

Articles liés

MÉMO: Immersion dans la culture hip hop
Art
503 vues
Art
503 vues

MÉMO: Immersion dans la culture hip hop

Du 2 février au 31 mars 2018, la culture hip hop investit le Pavillon Baudouin à Paris. L’occasion de revenir sur ce mouvement qui fêtera bientôt ses cinquante ans. Aujourd’hui, on ne compte plus le nombre de lieux dédiés à la culture urbaine (le 104, l’Aérosol, l’association Hip Hop citoyen, ou encore plus récemment le centre […]

Par nos chemins noirs – Cie Musique en perspective – Mairie du 3éme
Agenda
36 vues
Agenda
36 vues

Par nos chemins noirs – Cie Musique en perspective – Mairie du 3éme

La compagnie “Musique en perspective” soutient la création d’évènements artistiques: concerts, opéras de chambre, spectcles muicaux qui relient la musique à d’autres formes d’art comme la littérature, la poésie, les arts plastiques, la vidéo. La compagnie existe depuis le début des années 1990 et a donné ses spectacles en région Île de france, Bretagne et […]

Trois Sacres – Théâtre du 13éme art
Agenda
80 vues
Agenda
80 vues

Trois Sacres – Théâtre du 13éme art

Vous la connaissez comédienne, découvrez-là danseuse. Pour ce spectacle, Bérénice Bejo s’associe au chorégraphe Sylvain Groud. À la faveur d’un renversement, le corps masculin est présenté au regard d’une femme. Trois Sacres éprouve les mécanismes d’attraction, donne la parole au désir féminin. Servi par la force d’un triptyque: la musique tellurique du Sacre du Printemps, […]