Jusqu’au 17 janvier 2010
Théâtre Saint Georges
Théâtre contemporain
A dîner, cinq amis. Cinq quadragénaires névrosés réunis le temps d’une soirée qui s’annonçait sympathique, jusqu’à l’arrivée inattendue d’une invitée surprise. Tromperies, infidélités et trahisons… C’est dans les effluves de l’alcool et du mensonge que les protagonistes décident de noyer leur désarroi. Coups bas garantis !
D’emblée, nous voilà transportés au cœur d’un grand appartement que l’on imagine parisien. Décor léché, confessionnal de tous les pêchés… Simon (François-Eric Gendron, excellent), marié à Olivia (Véronique Boulanger, notre héroïne à toutes), entretient une relation extra-conjugale avec Anne Catherine. Cette dernière, bien pressée de vivre son histoire d’amour au grand jour, oblige Simon à tout dire à sa femme ! Mais c’est sans compter sur la présence d’Aurélie, Sam et Richard, tous trois invités à dîner le soir même ! Sous couvert d’humour, l’auteur s’amuse à matérialiser les clichés: le mari infidèle, l’homme macho, la bimbo idiote ou encore la femme vénale. Ici, tout le monde en prend pour son grade ! L’humain est écorché, la vision du couple, complètement biaisée. Chaque personnage est prêt à tout pour défendre ses intérêts, qu’ils soient financiers, sexuels ou professionnels.
De cette valse du couple, le metteur en scène tire une pièce à succès dont le rythme ne retombe jamais. Les répliques fusent, le ton est cinglant. Les acteurs sont bons, le décor est beau et l’on ne s’ennuie pas. Du sourire à l’éclat de rire, il n’y a qu’un pas ! Mais un pas que tout le monde ne franchit pas. Si une partie du public jubile devant ce spectacle de la vie, une autre moitié est plus réservée. Le rire, parfois jaune, dissimule une pointe d’agacement : les hommes sont-ils tous des menteurs et les femmes des manipulatrices ? Eric Assous (auteur) et Jean-Luc Moreau (metteur en scène) semblent passer maître en matière d’infidélité puisque c’est à cette fine équipe que l’on doit l’Illusion conjugale, encore sur scène jusqu’au 3 janvier 2010. On aurait aimé que le stéréotype soit mieux dissimulé pour que tout soit vraiment parfait. Au lieu de ça, le moment sera juste excellent.
Petit bijou de divertissement, Les hommes préfèrent mentir ne déçoit pas. Le scénario, aussi caricatural soit-il, parvient à distraire, et ce malgré quelques facilités. On ressort amusé voire enjoué, encore bercé par la douceur de cette soirée.
Mathilde Degorce
Les hommes préfèrent mentir
Texte : Eric Assous
Mise en scène : Jean-Luc Moreau
Acteurs : François-Eric Gendron (Simon), Véronique Boulanger (Olivia), Cyrille Eldin (Sam), Juliette Meyniac (Aurélie), Manuel Gélin (Richard), Murielle Huet Des Aunay (Madison), Mathilde Pénin (Anne-Catherine)
Décors : Stéphanie Jarre
Costumes : Camille Duflos
Musique originale : Sylvain Meyniac
Jusqu’au 17 janvier 2010
Du mardi au samedi à 20h45
Le samedi à 17h30
Le dimanche à 15h
Théâtre Saint-Georges
51 rue Saint-Georges
75009 Paris
Métro : Saint-Georges
Lire aussi la critique de l'Illusion conjugale sur Artistik Rezo.

Théâtre Saint-Georges - 498 places
51, rue Saint-Georges 75009 Paris
M° Saint-Georges (ligne 12)
Réservations : 01 48 78 63 47
Administration : 01 48 78 74 37 - Fax : 01 45 26 98 00
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Directrice : Marie-France Mignal - Directeur adjoint : Jean V. Velter
Attaché de Presse : Alain Ichou
L'historique du théâtre
Situé au cœur du quartier de la « Nouvelle Athènes », le Théâtre Saint-Georges, bien que récent – il date de 1929 – connut une histoire brillante. Jouxtant la maison Thiers – aujourd’hui reconstruite et qui abrite la bibliothèque Thiers – l’emplacement qu’il occupe rue Saint-Georges est celui d’un hôtel particulier qui fut celui du financier Millaud, fondateur du journal L’Audience et du Petit Journal. Cet hôtel fut acquis plus tard par Edwards, père du fondateur du Matin, puis en 1907, Les Annales, qui jusque là voisinaient avec L’Illustration, s’y installèrent. L’immeuble fut alors entièrement remanié et reconstruit. Après la guerre, Les Annales émigrèrent rue La Bruyère, et c’est le journal Comoedia qui vint s’établir au 51 de la rue Saint-Georges. Le coquet hôtel était décidément prédestiné à la presse. Nul ne songeait toutefois à y ajouter un théâtre. C’est à Camille Choisy que revint cette initiative. Celui-ci, qui avait pendant plusieurs années dirigé le Grand Guignol, cherchait un autre local où s’abriter. L’ancienne salle des Annales lui fut propice. Mais que de transformations ne devait-elle pas subir ! Camille Choisy s’adressa à Charles Siclis, architecte célèbre l’époque, à qui l’on doit également le Théâtre Pigalle, aujourd’hui disparu et transformé en parking ! Les travaux durèrent quelques temps mais enfin, le 8 février 1929, Camille Choisy et son associé Jacques Albert pouvaient convier le Tout-Paris à l’inauguration de leur nouveau théâtre. Ce fut une surprise et un ravissement : rompant avec les traditions, l’architecte avait délibérément adopté un style moderne, une sobriété et un goût parfaits.
Pendant quelques mois, le Théâtre Saint-Georges fut comme une réplique du Grand Guignol. Camille Choisy continua à y donner comme il en avait l’habitude, des « spectacles coupés », où le rire alternait avec la terreur. C’est ainsi que comme spectacle d’ouverture, il choisit un acte d’André de Lorde intitulé Une Nuit d’Edgar Poe qui était moins un drame qu’un à-propos évoquant la singulière figure du romancier de l’horreur. Puis vinrent des tableaux d’intimité bourgeoise, tels Harmonie ou Destination Inconnue. Cette première année 1929, très riche par le nombre de pièces représentées, connut notamment une amusante saynète du jeune Marcel Achard : Une balle perdue, ainsi que des pièces d’Octave Mirbeau et Paul Bourget.
Cependant les résultats n’avaient pas complètement répondu à leur attente, et c’est sous une nouvelle direction de Benoît-Léon Deutsch et Jacques Albert que s’ouvrit la saison suivante. Benoît-Léon Deutsch qui dirigeait déjà brillamment le Théâtre des Nouveautés jugea que le public prendrait plus facilement le chemin de la pimpante salle de la rue Saint-Georges, si, au lieu de spectacles coupés, il y trouvait une seule pièce, mais d’un choix judicieux et interprétée par des acteurs de grande classe. Pour son spectacle d’ouverture, il donna en septembre 1929 La Fugue d’Henri Duvernois. Le succès fut des plus encourageants. Le Théâtre Saint-Georges connut alors pendant dix années consécutives de très grands succès. Sous l’impulsion de Benoît-Léon Deutsch, des pièces restées célèbres : L’Homme, la bête et la vertu de Luigi Pirandello, Mademoiselle de Jacques Deval, La femme en fleurs de Denys Amiel avec l’inoubliable Valentine Tessier, connurent, avec beaucoup d’autres, un grand retentissement.
Pendant la guerre, le Théâtre Saint-Georges est fermé puis rouvert sous des directions temporaires : Charles Fabre, puis J.M. Renaitour, qui présentèrent des pièces de Pierre Ducros, Roger Ferdinand, Jacques Deval, Denys Amiel, Jean de Letraz ainsi que L’Annonce faite à Marie de Paul Claudel pour 41 représentations. Chacune de ces pièces restant peu longtemps à l’affiche en raison des difficiles conditions d’exploitation dûes à l’occupation.
En septembre 1943, Mary Morgan, en association avec Marie-Rose Belin d’abord, puis seule à partir de 1948, prend la direction de cette salle. C’est alors que le Théâtre connut sa principale période de gloire et pendant plus de trente-cinq ans ! Certes, à cette époque, d’autres grands directeurs, et souvent des femmes, ont illustré longtemps et brillamment le Théâtre privé : Simone Berriau, Yvonne Printemps, Marie Bell, Elvire Popesco et d’autres encore. Mais combien ont connu d’aussi éclatants et durables succès que Mary Morgan ? Jugez plutôt :
Patate de Marcel Achard avec Pierre Dux : 2 225 représentations.
Croque-Monsieur de Marcel Mithois avec Jacqueline Maillan : 1 254 représentations.
Tchao ! de Marc-Gilbert Sauvajon où l’immense Pierre Brasseur s’illustra pour la dernière fois : 389 représentations.
Egalement : Rendez-vous au Plaza de Neil Simon avec Jacqueline Gauthier et Pierre Mondy, Le Grand standing de Neil Simon avec Micheline Luccioni et Pierre Mondy, L’Arc de triomphe de Marcel Mithois avec Sophie Desmarets, etc…
Sans oublier la découverte d’auteurs nouveaux, de comédiens et de comédiennes, de metteurs en scène ou de décorateurs enfin dont le talent attire vers le Théâtre Saint-Georges des spectateurs de plus en plus nombreux. Parmi les soixante spectacles présentés par Mary Morgan, citons encore Fils de personne d’Henry de Montherlant, Histoire de rire d’Armand Salacrou, La dame de trèfle de Gabriel Arout, La Volupté de l’honneur de Pirandello, Living-room de Graham Greene, La Bouteille à encre d’Albert Husson, Lorsque l’enfant paraît d’André Roussin, N’Ecoutez pas Mesdames de Sacha Guitry, Lucienne et le boucher de Marcel Aymé, etc.
En 1978, Mary Morgan cède son fauteuil directorial et le Théâtre continue son histoire. Une direction éphémère de Monsieur et Madame Sandor, puis celle de Félix Ascot poursuivent la tradition du Théâtre Saint-Georges – on doit notamment à ce dernier L’Aide mémoire de Jean-Claude Carrière avec Caroline Cellier et André Dussollier, et Le Charimari de Pierrette Bruno avec Micheline Boudet et Pierre Tornade. C’est également au Théâtre Saint-Georges durant cette période qu’eut lieu le tournage du film de François Truffaut Le Dernier métro, film qui reçut de très nombreux « César ».
En 1984, France Delahalle et Marie-France Mignal reprennent la direction du Théâtre Saint-Georges, où se joueront la plupart des pièces de Maria Pacôme, mais aussi Drôle de Couple avec Jacques Balutin et Daniel Prévost ou encore Si je peux me permettre de et avec Robert Lamoureux, Le Charlatan du même auteur avec Michel Roux et Jacques Balutin, Numéro Complémentaire, de Jean-Marie Chevret, avec Francis Perrin et Stéphane Bern, Les Belles-Sœurs, d’Eric Assous, avec François-Eric Gendron, Sabine Haudepin, Elisa Servier…