Jusqu'au 23 avril 2010
Théâtre National de la Colline
© Elisabeth Carecchio
Au Théâtre de la Colline, Stanislas Nordey, après Incendies la saison passée, explore à nouveau le thème du terrorisme. Il choisit cette fois de reprendre la pièce de Camus, Les Justes, écrite en 1949. Portés par la pureté de leurs idéaux, des socialistes révolutionnaires russes, en 1905, fomentent l'attentat du grand-duc Serge, et se retrouvent confrontés à des dilemmes bien plus profonds qu'ils ne se l'imaginaient.
L'affiche était prometteuse : Albert Camus, Stanislas Nordey, Emmanuelle Béart, Wadji Mouawad... la déception est d'autant plus grande. Trop longue, trop figée, trop nombriliste, cette production des Justes de Camus oublie un élément essentiel de toute représentation théâtrale : le public. Qui le lui rend bien, et s'enfuit à pas de loup à chaque changement d'acte.
La mise en scène est figée, hiératique : les comédiens ne se touchent pas, ne se regardent pas. Tournés vers la salle sans pour autant la voir, ils débitent leur texte comme des pantins, sans jamais y mettre de passion ni d'humanité. Seuls Raoul Fernandez et Laurent Sauvage, dont les scènes jouent le rôle d'intermède comique, parviennent à alléger l'atmosphère et à intéresser le public à ce qui se passe sur le plateau.
Le texte lui-même paraît trop daté pour être joué tel quel aujourd'hui, surtout dans une mise en scène aussi solennelle et aussi guindée. Face à ces socialistes révolutionnaires, le spectateur ne peut s'empêcher de penser à ce qu'il est advenu de la Russie suite à l'utopie marxiste ; et adhérer au discours de ces terroristes est extrêmement difficile. Nordey a voulu « libérer [la pièce] de l’esthétique et des préjugés dont l’histoire du théâtre l’a déjà recouverte pour faire résonner l’interpellation sans concession qui la constitue », mais il ne fait qu'alourdir encore plus le propos en le figeant de la sorte.
C'est ainsi à une pièce désincarnée, qui se regarde elle-même, qu'assiste un public désemparé face à tant d'ennui. On attend un souffle destructeur, une force idéaliste, des dilemmes poignants... mais tout est désamorcé, vidé de sa substance pour ne laisser que des mots martelés sans conviction.
Audrey Chaix
Les Justes
D'Albert Camus
Mise en scène de Stanislas Nordey
Avec Emmanuelle Béart, Frédéric Leidgens, Vincent Dissez, Wadji Mouawad, Damien Gabriac, Laurent Sauvage, Raoul Fernandez, Véronique Nordey
Durée : 2h30
Jusqu'au 23 avril 2010
Du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30, le dimanche à 15h30
Réservations au 01 44 62 52 52 ou sur le site du Théâtre de la Colline.
Tarifs : de 13 à 29€
Théâtre National de la Colline
15 rue Malte-Brun
75020 Paris
Métro Gambetta (lignes 3 et 3bis)
| Les Inepties volantes - Grande Halle de la Villette < Préc | Suivant > La Première gorgée de bière - Théâtre du Rond-Point |
|---|


















Commentaires
S’abonner au flux RSS pour les commentaires de cet article.