Jusqu'au 28 février 2010
Vingtième Théâtre
Il l’aime, lui non plus
Perthus évoque le fameux col pyrénéen entre la France et l’Espagne, un cap à franchir, un peu comme les premiers émois de l’adolescence. La première fois, on est toujours curieux, inquiet et exalté par l’inconnu, par l’autre. Jean-Marie Besset expose ici ce moment de vie dans une fable moderne drôle et bouleversante où la confusion des genres met en lumière celle des sentiments.
Arrêt sur image, Paul et Jean-Louis ont cet âge où l'on n’est pas sérieux. Irène, la mère de Paul assaille son fils de questions à propos de Jean-Louis, élève modèle dont les filles ne tarissent pas d'éloges. Le jeune homme est un sujet de fascination. Nous comprendrons plus tard que sa mère, Marianne, a tout mis en oeuvre à cet effet. Camarades de classe, l'un est prompt à la littérature, l'autre ne laisse pas les équations lui en conter, ils sont utiles l'un à l'autre et bientôt indispensables… Ils vont très vite développer un lien particulier pareil à celui qu'a si bien décrit Jonathan Harvey dans Beautiful Thing.
Distribution pour le moins surprenante, Irène et Marianne sont interprétées par deux hommes, respectivement Laurent Spielvogel et Alain Marcel. Passé les premiers instants qui déclenchent l’hilarité générale, paradoxalement, nous comprenons vite que loin d'un remake de La cage aux folles, ce choix audacieux va permettre d’aborder avec beaucoup de finesse la frontière très mince des genres. L'amitié qui lie les mères apparaît ici comme le plus sain et le plus pur des sentiments. Ces femmes sont d'autant plus crédibles dans ces corps parce qu'abandonnées des hommes, elles se doivent d'incarner la paternité. Oui, Perthus est aussi un jeu de mot de l’auteur qui indique le lieu et le moment où les pères se sont tus…

Photo Perthus © Jacqueline Chambord
Le découpage quasi cinématographique de la trame permet de projeter les rêves, illusions et déceptions des jeunes gens, de les plaquer dans notre imaginaire, sur les murs de nos inconscients. Paul et Jean-Louis auraient pu être nos amis d'enfance, nous aurions pu nous douter que cette relation ambiguë, légère, surprenante se transformerait en cet amour innocent puis incontrôlable jusqu'au sordide, jusqu’au pathétique.
Jean-Marie Besset (actuellement directeur du Théâtre des Treize Vents CDN de Montpellier) et Gilbert Désveaux ont fondé ensemble la compagnie BCDV en 1995, et en effet seuls quinze ans de complicité peuvent expliquer une telle alchimie entre un texte et sa mise en scène. La mise en espace intelligente et épurée faite d'un plateau modulable et de quatre chaises d'écolier démesurées porte l'accent sur la justesse d'interprétations des comédiens. Tout en émotion contenue, Brice Hillairet et Sylvain Dieuiade font de Paul et Jean-Louis ces amis insaisissables qui nous sont peut-être passés à côté, qui se sont peut-être passé à côté.
Angélique Lagarde
Perthus
De Jean-Marie Besset
Mise en scène et Scénographie de Gilbert Désveaux
Avec Alain Marcel, Laurent Spielvogel, Sylvain Dieuaide et Brice Hillairet.
Jusqu’au 28 février
Réservations : 01 43 66 01 13
Vingtième Théâtre
7, rue des Plâtrières
75020 Paris
Métro Ménilmontant ou Gambetta
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