0 Shares 1587 Views

    La Trafiquante à la Maison de la poésie : mais que trafique-t-elle au juste ?

    16 février 2009
    1587 Vues
    la_trafiquante2

    Le pari est forcément risqué lorsqu’il s’agit de séduire en poésie des enfants pour lesquels l’apprentissage de la parole n’est pas si loin… Et pourtant, la poésie devrait être le moyen par excellence d’une approche artiste, ludique et musicale du langage. Dans La Trafiquante, les poèmes de Rouzeau, Norac, Roubaud, Pittau et Kaplan semblaient finement choisis, mélange de mots en tension légère, juste entre ce qu’il faut de figuratif et d’abstrait pour accrocher puis laisser imaginer l’enfant. Alors pourquoi sort-on déçu de ce moment de poésie pour nos petits ?

    La prestation de Laura Bruhl est loin d’être nulle et non avenue, pourtant elle semble inappropriée, inadaptée et à la poésie, et aux enfants. Beaucoup de convictions dans le bleu intense de ses yeux, beaucoup de visages pour nombre de mots, et l’on déplore qu’une trop grande intensité prenne sur la poésie, et la détrône, injustement. Les mots défilent à une vitesse que l’on peine à suivre, et l’on se perd en plus à regarder un jeu corporel qui nous en décroche. Quel dommage quand la poésie devrait être semée de respirations, de silences qui nous permettent de la suivre, de la sourire et de la rêver.

    On aime pourtant certains éléments dans la mise en scène de Bérangère Vantusso, éléments qui auraient pu _dû_ être percutants. On aime que Laura Bruhl aillent tirer la poésie de boîtes illustrées. Le geste est beau : l’actrice ouvre une boîte, allant comme libérer les mots pour les enfiler sur la scène avant de les y renfermer, pour se tourner vers d’autres boîtes qui sont autant de nouveaux poèmes. On se réjouit au sommet du spectacle, que de l’une de ces boîtes émergent des animaux figurés par de simples cailloux, des cailloux à l’image de ceux que les enfants se plaisent à ramasser. A ce moment là, on se dit même que l’on a failli capter petits et grands et l’on se demande pourquoi ce moment vient si tard. Pourquoi ne pas avoir fait vivre davantage la marionnette, ou encore les papiers et ciseaux sortis des boîtes précédentes ?

    Avec La Trafiquante, on sent bien que l’on est passé à côté d’un très joli spectacle qui aurait pu éveiller nos enfants à l’art poétique. Reste que l’on est passé à côté. Tout va bien trop vite, et tout est trop trafiqué, trop joué pour sauver notre attention d’adulte. Imaginez ce qu’il en est de l’attention d’un enfant de six ans, et même fils d’enseignant !… Ce spectacle s’est leurré contre l’âge tendre et n’a pas eu la force de séduire au-delà ; N’y emmenez pas vos enfants pour une initiation à la poésie.

    Christine Sanchez

     

    N.B : en lien avec le spectacle, l’exposition « Papa, maman, j’ai rencontré un poète vivant ».

    Jusqu’au 1er mars : Lundi, mercredi, jeudi à 14h30 (relâche exceptionnelle le 18 février), samedi et dimanche à 15h

    Du 2 au 15 mars : Mercredi à 14h30, samedi et dimanche à 15h

    Tarif : 5€ enfant, 10€ adulte

    Réservations : 01 44 54 53 00 (du mardi au samedi de 14h à 18h)

    Maison de la Poésie

    Passage Molière

    157, rue Saint Martin

    75003 Paris

    M° Rambuteau – RER Les Halles

     

     

    En ce moment

    Articles liés

    “Robert Badinter – L’enragé de justice” dans le cadre du festival Paroles Citoyennes au Théâtre Antoine
    Agenda
    108 vues

    “Robert Badinter – L’enragé de justice” dans le cadre du festival Paroles Citoyennes au Théâtre Antoine

    Jamais Robert Badinter n’a cessé d’interroger le droit. Avocat puis homme d’État, il s’est voué tout entier à une seule exigence : la justice. De la salle d’assises aux grandes réformes, il incarne une conscience inflexible, portée par une...

    “Des hommes endormis” : une nouvelle création à l’Athénée
    Agenda
    118 vues

    “Des hommes endormis” : une nouvelle création à l’Athénée

    C’est la nuit chez Julia et Paul, la cinquantaine, deux brillants universitaires totalement voués à leurs carrières. Alors que Julia parle à Paul du vide qui a envahi leurs vies et de son absence de désir, sa nouvelle collaboratrice...

    “Vous permettez”, une comédie de Manon Rony à découvrir au théâtre Le Funambule
    Agenda
    1130 vues

    “Vous permettez”, une comédie de Manon Rony à découvrir au théâtre Le Funambule

    Bien qu’ils se sourient, on sent bien qu’ils se méfient… Ce soir, malheureusement, Maureen et Richard doivent dîner avec les parents de leur gendre, alors qu’ils avaient prévu une rando et une belote avec les Keller. Et en plus,...