Ricky – film de François Ozon
Adapté du roman de Rose Tremain, Moth, le dernier long-métrage de François Ozon décrit le quotidien d’une famille décomposée en proie à la misère, sociale comme affective. Cathy, une ouvrière interprétée par Alexandra Lamy, élève seule sa fille de sept ans dans une banlieue délabrée quelque part en France. Un quotidien bouleversé par l’arrivée de Ricky, l’enfant d’un amour rapidement consommé avec Paco, un immigré espagnol au passé trouble campé par Sergi Lopez. A mesure que le couple se détériore, l’enfant révèle une anomalie physique inquiétante : des ailes apparaissent sur son dos.
De l’aveu de François Ozon, le fantastique n’est qu’un argument, utilisé par métaphore pour illustrer une histoire de famille ordinaire. Le réalisateur entretient cet équilibre fragile, entre réel et imaginaire, instinct et raison, et ne parvient que très rarement à transcender son postulat de départ. Une fois le don de Ricky révélé, le jeu des contrastes perd son originalité initiale au profit d’un mélange des genres aux limites du caricatural. Plongé dans un climat social lourd, servi par une photographie aux consonances ternes et une utilisation à minima des dialogues, le film alterne les images éculées sur la solitude d’une mère célibataire, la condition ouvrière et les tensions au sein de la structure familiale. Un portrait sans nuances qui annihile toute la dimension onirique insufflée par l’arrivée de l’enfant ailé. Comme s’il refusait d’assumer son parti pris scénaristique, François Ozon se détourne constamment du fantastique pour revenir à un traitement simplificateur des dissensions familiales. A l’image de Paco, dont l’ambiguïté mystérieuse du premier acte cède à un personnage plus convenu de père repenti. Impossible, dès lors, de cerner les véritables intentions du réalisateur, d’autant plus qu’il désamorce régulièrement l’austérité du propos par le biais de l’absurde (dont la scène surréaliste de la grande surface).
Bien qu’handicapé par sa structure narrative hasardeuse et par des ruptures de ton déroutantes, le dernier long-métrage de François Ozon résiste étrangement à ses défauts. La conséquence d’une direction d’acteurs au diapason, dont le contre-emploi audacieux d’Alexandra Lamy, et d’un dénouement à l’optimisme rare chez le réalisateur. D’une simple anomalie naturelle convoitée par la science, Ricky se mue en ange rédempteur capable de réconcilier une famille déstructurée.
Romain Blondeau
[embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=Kn099YlaaWo[/embedyt]
Ricky
De François Ozon
Avec Alexandra Lamy, Sergi Lopez, et Mélusine Mayance
Durée : 90 min.
Sortie le 11 février 2009
Articles liés

Ce week-end à Paris… du 6 au 8 février
Art, spectacle vivant, cinéma, musique, ce week-end sera placé sous le signe de la culture ! Pour vous accompagner au mieux, l’équipe Artistik Rezo a sélectionné des événements à ne pas manquer ces prochains jours ! Vendredi 6 février...

La tournée “You Should Know 2026” de The Celtic Social Club de passage au Café de la Danse à Paris le 12 mars !
The Celtic Social Club, c’est l’énergie rock d’une indie-folk aux racines celtiques. Avec leur 5ᵉ album, affranchis des traditions, les Franco-Irlandais imposent un son moderne qui surprend et rassemble. Dans le cadre de leur tournée “You Should Know 2026”,...

“Ça c’est l’amour” avec Josiane Balasko et Marilou Berry sublimes dans la tourmente
Dans une éblouissante création, Jean Robert-Charrier nous plonge au cœur d’une famille où se reproduit la violence conjugale, que l’amour maquille souvent de ses douceurs ensorcelantes. Ecrite pour deux comédiennes magnifiques, Josiane Balasko et sa fille Marilou Berry, accompagnées...





