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    La fille du RER: Téchiné réinvente l’actualité

    25 mars 2009
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    Le fait-divers avait indigné. Le 9 juillet 2004, une jeune femme de la région parisienne porte plainte en affirmant avoir été agressée dans le RER. Six jeunes l’auraient violemment molestée au motif d’être juive. On connaît la suite, une hystérie collective entretenue par des médias complaisants, une prétendue recrudescence des actes antisémites et une nouvelle pierre à l’édifice de diabolisation des jeunes issus de l’immigration. Sauf que trois jours plus tard, la « victime » reconnaissait avoir menti et s’excusait publiquement. En 2009, le réalisateur André Téchiné décide d’adapter l’histoire de cette femme, devenue Jeanne à l’écran (interprétée par Emilie Dequenne), avec pour ambition d’ « humaniser son mensonge ».

     

    Réel ou imaginaire ?

     

    Entre les extrapolations romancées et les vérités « historiques », Téchiné transcende le simple fait-divers en y apposant sa propre piste d’interprétation. Le premier acte, Circonstances, s’attarde ainsi sur une caractérisation simplificatrice des personnages et des enjeux. Et Jeanne de devenir, sous l’œil quasi rédempteur du réalisateur, une jeune femme en proie à la solitude, à l’anxiété sociale et à la perte d’un parent. Une somme de preuves, sinon de légitimations, du futur acte, réduit au résultat d’un malaise du temps. Le désespoir d’une génération, nourrie au chômage, à l’isolement familial et à la misère sexuelle, comme prétexte à l’obsession de la reconnaissance et finalement, au mensonge. En établissant ce lien de causalité imaginaire, Téchiné annihile toute la dimension politique et culturelle de l’affaire au profit d’une chronique adolescente insignifiante.

     

    Une crise du lien

     

    Dans la seconde partie, du passage à l’acte à l’aveu final, le réalisateur poursuit son exploration fantasmée du réel. Plutôt que de concentrer son propos sur les faits, il brode une mosaïque d’histoires, toutes liées aux notions de ruptures et de retrouvailles manquées. Ruptures entre les générations, les goys et les juifs, les athées et les orthodoxes, et qui culminent à l’occasion d’une longue scène de repas confession. Comme pour le sauver du néant, Téchiné alimente son récit de digressions emphatiques sur les conditions de vie d’une famille juive française, et sur la difficulté de concilier les aspirations de modernité à l’emprise de la religion. Un imbroglio de seconds rôles mal écrits, portés par l’interprétation extatique (d’aucuns parleront de violence contenue) de Nicolas Duvauchelle et d’un Michel Blanc absent. Puis les faits, enfin, expédiés sans nuance en l’espace d’un dernier acte démonstratif et confus. Téchiné esquisse à peine les conséquences de l’affaire, de l’emballement médiatique ou du risque de surexposition victimaire de l’Histoire.

     

    Préférant focaliser sa caméra épileptique sur les contrariétés de son adolescente chimérique, le réalisateur néglige son sujet en simulant la distanciation subjective. Pourtant, s’il se défend de toute tentative d’explication de texte, Téchiné n’évite pas l’écueil de la psychologisation triviale, et Jeanne de conclure « J’ai fait ça pour qu’on m’aime ». Facile.

     

    Romain Blondeau

     

    Sortie le 18 mars

     

    La fille du RER d’André Téchiiné avec Emilie Dequenne, Catherine Deneuve, Michel Blanc, Nicolas Duvauchelle…

    Durée 1H50

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