0 Shares 1983 Views

    Star Trek

    7 mai 2009
    1983 Vues
    19081675_w434_h_q80

    A bas la rationalité !

    J.J. Abrams est un homme d’ambition. En noble enfant de la télé, créateur des séries Lost et Alias, il écume ses fonds de tiroirs et sort Star Trek de la poussière, la série de science-fiction fondatrice. Véritable entité télévisuelle à l’heure du tube cathodique, supportée par des groupes de fans amateurs d’effets en carton, de papier aluminium et de boutons en plastiques, le réalisateur passe un grand coup de torchon, prend sa baguette magique et que la poussière d’étoile scintille. On est au XXIème siècle, enfin ! On peut débourser 185 millions de dollars pour quelques kilomètres de pellicule, parce que quand même, ça fait longtemps que plus personne ne meure de faim. Nous vous défions d’ailleurs de me trouver un mort de faim dans Star Trek. Alors voilà, quand on est plongé dans un projet pareil, difficile d’appréhender toute forme de réalité. A bas la rationalité !

    Années Lumière

    Et au vu du résultat, comment donner tort à Abrams? Nos yeux s’envoient en l’air pendant les deux heures passées dans l’au-delà atmosphérique, balancés entre trois planètes. C’est un bonheur et Hollywood, une usine à rêve. Ce qui compte c’est le voyage entre deux planètes et la Terre – vu de Manhattan, c’est étonnant – un voyage qui n’évite pas les aberrations temporelles et narratives. Les héros affrontent leur futur pour transformer le passé, puis le trou noir, perte de mémoire collective. L’aveuglement se fait par les effets spéciaux : 185 millions à la fabrication de spacieux petits vaisseaux spatiaux et de faisceaux lumineux, il n’y a finalement que ça qui compte. Comment alors s’y retrouver dans ces déplacements temporels à faire perdre la boule aux agneaux de Back to the Future ? On n’est plus là pour penser, nous avions eu le siècle des Lumières, voici venir les Années Lumière… décennie 2010, années de la lumière ?

    Performance Sou(cou)pe-opéra

    Là où l’on peut se mettre à douter, c’est lorsque cette lumineuse démonstration technique ne vaut finalement que pour elle-même et qu’à son expérience visuelle et sonore. Il y a dans ce Star Trek un profond dédain par rapport à la richesse de pensée que peut apporter le genre science-fiction. Sous fond de guerre interplanétaire, le film se réduit à la naissance de l’amitié entre Kirk, l’humain et Spock, mi-homme, mi-vulcain. Mais, outre ce gentil et bien-pensant rapprochement des cultures, d’ailleurs imaginé dès 1966 par le créateur de la série, Gene Roddenberry, à l’intérieur de la navette Enterprise (franchement bien vu pour le coup !), le film souffre d’un cruel manque d’envergure. Les productions cinématographiques dans leur infinie majorité pâtissent d’avec la rencontre avec les autres arts. Combien de films en salles peuvent se targuer de remettre en cause l’existence et la nécessité de tel ou tel tableau, de tel ou tel roman ?

    Sans faire dans la surenchère, pourrait-on simplement confronter l’unique performance technique de J.J. Abrams avec des chefs d’œuvre comme 2001, l’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick ou le Solaris d’Andreï Tarkovski ? Oserait-on pire, ne serait-ce qu’évoquer la formidable entreprise Fondation développé par l’auteur Isaac Asimov ?

    La Fusée Abrams

    La réponse est évidemment, non. Parce qu’à la différence de ces œuvres-ci, si ce dernier Star Trek avait quelque chose de complexe, il ne le devrait qu’à la déroute de son scénario. Médiocre, simpliste et paradoxalement cafouilleux. Vide de sens et d’ambition comme le néant de l’espace intergalactique. J.J. Abrams est une fusée, il ne s’étend pas. Formé à l’école de la série américaine nouvelle génération, il joue sur une tension permanente comme l’angoisse d’un zapping télécommande à la coupure pub. Au cinéma, sur grand écran, cette vivacité ne laisse au spectateur aucun répit. Il est à regretter que ces frissons ne soient dus qu’au seul et grossier jeu d’esbroufe organisé autour d’une superbe rayonnante partition musicale et lumineuse. Ce sont pourtant de grands hommes qui font les grands décors…

    Florent Boucheron

    Star Trek

    De JJ Abrams

    Avec Chris Pine, Zachary Quinto, Leonard Nimoy et Simon Pegg

    Sortie le 6 mai 2009

    En ce moment

    Articles liés

    Deux concerts uniques par deux prodiges de la chanson !
    Agenda
    244 vues

    Deux concerts uniques par deux prodiges de la chanson !

    Les artistes Cindy Pooch et Clément Visage aux Trois Baudets le 22 avril ! Cindy Pooch, dernière signée sur le label InFiné, propose une chanson expérimentale. Dans une esthétique expressionniste et minimaliste, nourrie de chants polyphoniques, l’artiste franco-camerounaise propose...

    “Pour le meilleur” : une sublime histoire d’amour tirée de faits réels !
    Agenda
    270 vues

    “Pour le meilleur” : une sublime histoire d’amour tirée de faits réels !

    Véritable signature de la réalisatrice, le récit de destin inspiré de faits réels se penche ici sur la rencontre de deux forces de la nature.  Ce film raconte l’incroyable histoire d’amour entre Philippe Croizon, un homme privé de ses...

    “Résonances” un concert pluridisciplinaire en hommage à George Sand et Frédéric Chopin à la Salle Cortot
    Agenda
    343 vues

    “Résonances” un concert pluridisciplinaire en hommage à George Sand et Frédéric Chopin à la Salle Cortot

    Avec le soutien de la Fondation Signature, mécène fondateur, l’École Normale de Musique de Paris lance Résonances, une nouvelle série de concerts pluridisciplinaires qui invite de jeunes artistes à créer des formes inédites mêlant musique, théâtre et littérature. La première édition rend...