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Rita, on l’aime ou on la quitte, mis en scène par Samuel Forst-Lefèvre au Théâtre le Funambule

19 novembre 2009
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Rita_Funambule_web

 

Génération Ikéa

Si l’on s’en tient à une lecture assez simpliste de la pièce, on pourrait croire qu’elle accumule les poncifs : la rencontre sur le Net, la meilleure amie, l’amitié homme/femme, la répartition des tâches, les blagues féministes… Cette vision du couple, somme toute assez manichéenne, est en droit d’agacer. Pourtant, Rita, on l’aime ou la quitte, ce n’est pas que ça. Dans cette comédie des temps modernes, le metteur en scène rend ici un hommage non dissimulé à toute une génération : celle de trentenaires suivant à la lettre les notices Ikea, tout en mettant à jour leur profil Meetic. Le comble de la réussite réside dans le fait que chacun s’y retrouve : on a toutes été la copine blessée ou la meilleure amie blasée, ils ont tous été un tantinet macho, obligés d’écumer leur colère devant une bière.
Véritable plaidoyer sur les relations amoureuses, la pièce se sert ici de l’enseigne suédoise pour faire passer un message : Ikea est à l’ameublement ce que Jean est à la relation à deux, l’illusion de la perfection… C’est là tout le message de la pièce : la commode Romantica n’a de romantique que le nom, de même que Jean n’a d’attirant que le profil Meetic. Les relations à deux relèvent le plus souvent du domaine du fantasme, de la chimère. Rita a cru que Jean était l’homme de sa vie en lisant son profil : « un type qui avait la finesse de lire dans les yeux d’un chien toute la détresse de son maître était peut-être un type pour moi ». La réalité est bien plus complexe et l’armoire désossée symbolise ici la fragmentation d’un couple et la destruction méthodique de leur histoire.

 

Fantasmagorique

Une grande partie de la pièce est d’ailleurs consacrée au psychique puisque le spectateur a la chance de voyager dans les pensées les plus profondes de Jean. Assommé par sa compagne, ce dernier opère un voyage inconscient jusqu’aux tréfonds de ses fantasmes. L’occasion de donner au spectacle une forme de narration nouvelle et suggestive, qui rompt avec une mise en scène trop classique. Enfin, dans un dernier sursaut d’espoir, Rita donne à la pièce une tournure très grave dans cette scène finale, où un morceau de guitare accompagne la jeune femme dans cette ultime décision. Quelques minutes toutes en musique et en émotions que l’on aurait souhaité plus longues tant elles apportent à ce monologue final.
Porté depuis 2008 par la compagnie En Route Simone !, le projet Rita, on l’aime ou on la quitte est aujourd’hui bel et bien abouti. Aussi, c’est sous un tonnerre d’applaudissements, des sifflets à répétitions et des rires à foison que Thomas Walch, fondateur de la troupe et interprète de Jean a pris, pour cette première, la parole. On ne peut que leur souhaiter bonne route…

Qu’on se le dise, cette pièce s’adresse davantage à un public féminin. Mais cela n’enlève rien à la fraicheur des textes et des interprétations. Servi par un excellent trio d’acteurs, on salue tout particulièrement la performance de Caroline Anglade, alias Rita. Touchante, elle met au service de son jeu toute sa naïveté de fille mais aussi et surtout sa passion d’actrice. Ses yeux, embués de larmes au moment des applaudissements, parlent pour elle…

Mathilde Degorce

 

 

Rita, on l’aime ou on la quitte

Avec : Caroline Anglade, Inès Guiollot, Thomas Walch
Mise en scène : Samuel Forst-Lefèvre
Décors : Magali Lefoul
Accompagnement musical et sonore : Olivier Lasson
Accompagnement Lumières et images : Thomas Jacuemart
Graphisme (affiche et tract) : PIGLAB
Photos : Jonathan Lefèvre
Compagnie : En Route Simone !

Jusqu’en janvier 2010
Du jeudi au samedi à 20h
Le dimanche à 18h


Théâtre le Funambule
53 rue des Saules
75018 Paris
Tel : 01.42.23.88.83
Métro : Lamarck-Caulaincourt

 

www.funambule-montmartre.com

 

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