0 Shares 4500 Views

    Les Femmes Savantes au Petit Théâtre de Paris

    22 juin 2010
    4500 Vues
    femmes_savantes_theatre_de_paris

    femmes_savantes_theatre_de_paris::

    Chrysale et Philaminte sont bien décidés à trouver un époux à leur fille Henriette. En bon père de famille, Chrysale rêve d’unir sa progéniture au jeune bourgeois et amant de celle-ci, Clitandre. Mais c’est sans compter sur « les savantes », son épouse Philaminte qui, soutenue par sa belle sœur Bélise et son aînée Armande (secrètement amoureuse de Clitandre), souhaite pour gendre le prétentieux Trissotin. Au grand bonheur des deux amants, les véritables motivations de ce faux savant n’apparaîtront que dans le stratagème final…

    Dans cette farce comique qui s’attaque à la grande bourgeoisie du XVIIème, Molière fait s’opposer les sachants aux non sachants. Dans un milieu pourtant misogyne, voire anti-féministe, il donne la part belle aux femmes, qui règnent ici en maître. Mais pas seulement ! L’auteur moraliste, dans sa pièce, n’épargne pas davantage les intellectuels et poètes, à l’image des personnages de Trissotin – interprétation divinement infâme d’Arnaud Denis – et Vadius. Dans un dernier élan de moquerie, on se plait à penser que l’auteur s’en prend en réalité aux esprits étriqués de l’époque, selon lesquels : « Il n’est pas bien honnête et pour beaucoup de causes, Qu’une femme étudie et sache tant de choses. » (Acte II, scène 7)

    68728_femmesavanteuneC’est sur la scène du Petit Théâtre de Paris que ces Compagnons de la Chimère redonnent vie à un grand classique. L’espace scénique est occupé de chaque coté par deux bibliothèques, complété, pour une symétrie des plus parfaites, par un immense miroir qui permet aux personnages de mieux se toiser… Et aux spectateurs de mieux s’immiscer ! Tout en vers et en costumes, la mise en scène, fidèle à l’originale, restitue à la perfection l’univers moliéresque des quiproquos familiaux et des imbroglios amoureux.

    Cocasserie de l’auteur

    Toujours dans un souci de perfection, Arnaud Denis insuffle à sa troupe le souci du détail. Ensemble, ils redessinent avec exactitude les contours de chacun des personnages : qu’ils soient suffisants, naïfs, peu ambitieux ou un peu lâches, leur trait d’esprit confère à chacun un charme qui lui est propre.

    Mais la parade des héros est ici emmenée par trois d’entre eux, dont le potentiel comique est un peu au-dessus des autres. Jean-Pierre Leroux (Chrysale), prototype du mari soumis, divertit par sa bassesse et enchante l’assistance de ses moues dubitatives. Virginie Pradal (Bélise), de son côté, excelle dans l’auto-persuasion de son pouvoir de séduction et déclenche à elle seule de sincères éclats de rire. Enfin, Philaminte, dont le rôle de mère despotique est ici tenu par Jean-Laurent Cochet himself. Molière en son temps tenait à ce que cette figure dominatrice soit interprétée par un homme… Cochet lui rend hommage et endosse à merveille, pour le plus grand bonheur du public, le costume de cette mère autoritaire.

    Œuvre incontournable du poète comique, la pièce des Femmes savantes porte l’étiquette, parfois préjudiciable, des Grands Classiques. Pourtant, le public n’a pas boudé son plaisir devant la (re)découverte de la cocasserie de l’auteur. L’art comique de Molière est transcendé par la diction en vers et l’usage, en parfait dosage, du quolibet. Sans oublier la performance de ces compagnons de la Chimère, qui subliment la pièce et font de cette comédie « un poème ingénieux qui, par des leçons agréables, tend à reprendre les défauts des hommes » (Molière).

    Mathilde Degorce

    A lire aussi sur Artistik Rezo :
    le portrait d’Arnaud Denis

    Les Femmes savantes

    Mise en scène d’Arnaud Denis

    Avec (par ordre d’entrée en scène) : Elisabeth Ventura (Armande), Eloïse Auria (Henriette), Jonathan Bizet (Clitandre), Virginie Pradal (Bélise), Gil Geisweiller (Ariste), Jean-Pierre Leroux (Chrysale), Jean-Laurent Cochet (Philaminte), Nicole Dubois (Martine), Arnaud Denis (Trissotin), Alexandre Guansé (Vadius), Stéphane Peyran ( Julien et le notaire), Baptiste Belleudy (L’Epine)

    Décors : Edouard Laug // Lumières : Laurent Béal // Costumes : Virginie Houdinière

    Reprise jusqu’au 11 juillet 2010
    Du mardi au samedi à 21h, matinée le dimanche à 15h.

    Prix des places : 36 € – 28 € / 
- 26 ans : les mardis, mercredis et jeudis : 10 € (selon disponibilités)

    Petit Théâtre de Paris
    15, rue Blanche – 75009 Paris
    M° Trinité d’Estienne d’Orves

    www.theatredeparis.com

    En ce moment

    Articles liés

    “Celle qui ne dit pas a dit” à découvrir au Local des Autrices
    Agenda
    73 vues

    “Celle qui ne dit pas a dit” à découvrir au Local des Autrices

    C’est l’histoire d’une exploration des identités à travers la parole : qui autorise, qui retient, qui permet, qui donne la permission de dire ? C’est l’histoire de trois femmes. Celle qui dit, Celle qui dit après, Celle qui ne...

    “Eddy s’évade” à la Comédie Montorgueil
    Agenda
    204 vues

    “Eddy s’évade” à la Comédie Montorgueil

    Eddy Lesage raconte sans détour un parcours de vie hors norme.  Une enfance singulière, des choix risqués, le trafic de drogue, la chute brutale et la prison… puis la reconstruction. Un chemin cabossé, mais profondément humain. Sur scène, Eddy...

    Laurent Barat “S’enchaîne” à la Comédie Montorgueil
    Agenda
    204 vues

    Laurent Barat “S’enchaîne” à la Comédie Montorgueil

    Laurent Barat l’avait juré : jamais mais vraiment jamais il ne se mettra en couple ! C’est donc en toute logique que dans son nouveau spectacle, l’humoriste nous parle de son installation chez sa copine, de la cohabitation avec celle qu’il...