Alberto Giacometti au musée Rath de Genève
Les arts primitifs et les débuts de l’abstraction


Femme Cuiller
Après avoir fréquenté l’école des Beaux Arts de Genève, Alberto Giacometti se rend à Paris où il suit les cours de sculpture d’Antoine Bourdelle. Très tôt, il tourne le dos à la représentation d’après nature et cherche d’autres formes de représentation. Très influencé par les arts primitifs, notamment par la statuaire africaine, l’artiste commence à produire des oeuvres abstraites (Femme Cuiller 1936). Ici, la surface ovoïde au centre rappelle un visage féminin. L’artiste s’inspire directement d’une tradition de la sculpture africaine, comme en témoigne l’image ci-contre. Les cuillères étaient, et sont encore aujourd’hui dans certaines régions d’Afrique, des objets d’art très convoités par les femmes car il s’agissait véritablement d’un trophée récompensant les plus méritantes d’entre-elles aux yeux de la communauté (la meilleure cuisinière du village par exemple). La cuiller est donc un objet courant de la statuaire africaine, que Giacometti réadapte en le simplifiant à l’extrême.
Le Surréalisme
Au début des années 1930, Alberto Giacometti se rapproche du groupe des surréalistes mené par André Breton. Il crée alors une série d’oeuvres qu’il nomme «objets mobiles et muets». Ces sculptures sont le résultat d’un mouvement latent, d’un affrontement de principes opposés comme l’amour et la mort, l’homme et la femme, l’attraction et la répulsion…
Le retour à la figuration : la propre vision de l’artiste comme base de la représentation de la figure humaine
Dès 1935, Giacometti remet l’être humain au centre de ses préoccupations et ses sculptures sont le fruit de l’analyse de sa propre vision de la réalité de son modèle. Il commence alors à réaliser des « têtes » en plâtre et en bronze telle la Tête de Diego, 1937. On peut déceler ici les prémices de ses figurines longilignes : la matière est travaillée de telle sorte que la surface apparaît rugueuse, les traits du visage se fondent parmi les creux et bosses tortueux qui semblent extérioriser les tensions intérieures. Petit à petit, les têtes diminuent, et les figurines qu’il crée sont minuscules. L’artiste explique cette diminution par la volonté de sculpter un visage ou une personne en situation. Selon lui, le petit format est important car, placées sur d’immenses socles, les figurines donnent l’impression d’une personne vue de loin dans l’espace qui l’entoure. Ces personnages filiformes dégagent une élégance propre à l’art de Giacometti. Les formes épurées et élancées contrastent avec le rendu brut de la matière dû aux aspérités et irrégularités, ajoutant au raffinement des sculptures une force étonnante.
L’exposition se termine de manière assez abrupte sur la période genevoise de l’artiste, de 1942 à 1945, et n’aborde pas la suite de sa carrière, ce qui est regrettable puisqu’il ne cessera de produire des chefs d’oeuvre jusqu’à sa mort en 1961. Le visiteur attend une suite qui ne vient pas et reste donc un peu « sur sa faim »… Malgré tout, l’exposition a le mérite de présenter un panorama passionnant des différents styles d’Alberto Giacometti jusqu’à la seconde guerre mondiale, et mérite le détour si vous êtes de passage à Genève !
Audrey Laroque
Du 5 Novembre 2009 au 21 Février 2010
Musée Rath
Place Neuve
1204 Genève
www.ville-ge.ch/mah
Ouvert de 10h à 17h, le mercredi de 12h à 21h.
Entrée : CHF 10 / 5 pour les étudiants
Plus d’informations sur le site du Musée Rath.
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