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    « Hadewijch » : Corps terroriste

    11 décembre 2009
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    hadewijchphoto

     

    C’est au monde que la jeune Hadewijch (Céline) devra confronter sa foi. Au monde funeste et désincarné de L’Humanité. Chassée du couvent où elle s’était retirée – à force de prières extatiques et de rejets de la Règle, cette étudiante en théologie retourne à Paris, dans l’opulence d’un appartement de l’île Saint-Louis. Premières ruptures, premiers détours narratifs de Bruno Dumont. A l’ascèse monacale des plans d’introduction, le réalisateur substitue l’impiété du luxe triomphant ; à l’isolement dans la dévotion, il préfère le rapprochement des contraires. Car ce qui motive l’auteur de Flandres, observateur clinique du désastre humain depuis ses premiers films, tient plutôt dans le parcours mystique d’une jeune religieuse immergée dans un environnement en perte d’absolu. Voilà donc Hadewijch, béguine un peu paumée, errant au milieu des lambris de son nouveau foyer, entre un père forçat et une mère dépressive, deux symboles de modernité décadente. Incapable de communiquer, elle se lie presque naturellement à Yassine, musulman pratiquant proche des réseaux terroristes.

     

    La mystique islamiste


    Bruno Dumont reprend alors la structure classique du triangle amoureux éprouvée sur Flandres : Yassine, Hadewijch et le Christ son « bien aimé ». C’est que la dévotion de la jeune étudiante invoque le désir, le manque, et ce corps « qui fait mal ». Quelque part entre la piété quotidienne de Rossellini et l’érotisation du religieux de Pasolini, Bruno Dumont entretient une ambiguïté constante entre chair et esprit, matière et invisible. Il faut voir Hadewijch s’étendre nue sur un lit, enlacer son chien ou implorer fiévreusement une manifestation du Christ pour mesurer son désir profond. Un désir qu’incarne alors Yassine, et son frère, petit prédicateur de banlieue dont la pratique religieuse intégriste séduit la jeune étudiante. Face à l’échec de la foi chrétienne et à l’extension du domaine du profane, Hadewijch oppose donc la mystique islamiste comme horizon salutaire. Elle en est désormais convaincue, le bon exercice de la foi implique la lutte et le martyr : « l’épée contre l’injustice ». Un plan en fausse teinte illustre cette conversion et la tentation du terrorisme avant le reniement final.

     

    Le jugement interdit


    Le récit se dilate alors, et du voyage d’Hadewijch en orient (figuré comme un bloc intemporel et anhistorique) à son retour au couvent, Bruno Dumont ne dévoile que quelques éléments sensibles. Il maintient, sur le même modèle que son précédent film, une distanciation constante traduite dans une confrontation des espaces. Ici des barres HLM et un couvent isolé, deux lieux de prières dont il suggère la même élévation par de longues focales. Jusque dans ce plan final, bouleversante conclusion d’un montage parallèle où Hadewijch est sauvée de la noyade par un mystérieux inconnu qui l’étreint. Le corps au salut de l’âme.

     

    Romain Blondeau

    durée 1h45

     

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