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    Une maison de poupée et Rosmersholm – Théâtre National de la Colline

    11 décembre 2009
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    MPR

    La diégèse se situe au sein d’une maison, laboratoire de l’être, qui est ici représenté comme un microcosme à l’abri de la vie sociale où l’individualisme de pensée a toute latitude pour s’épanouir, avant de se briser sur un écueil d’idéalisme, révélant par là même la vanité de ce besoin perpétuel d’héroïsme.

    De la maison de poupée de Nora, fraiche et accueillante, à Rosmersholm où Rebekka et Rosmer évoluent dans un monde sombre et austère, teinté du souvenir du suicide de la maîtresse de maison, ces illustrations  vont servir de révélateurs d’une vérité obscure.
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    De part et d’autre, une mise en scène épurée, aux contours géométriques, aux couleurs simples : le blanc éclatant de la demeure de Nora s’assombrit peu à peu à mesure que celle-ci avance vers le triste « miracle » dont l’accomplissement sera source de désespoir. Celle de Rosmer, le reflet même d’une société protestante et bourgeoise du XIXe siècle. Ces lieux confinés apparaissent propres à créer une sensation d’enfermement créant un appel pressant vers la fuite.

     

    Agir, c’est profaner les idéaux

    Deux pièces aux issues inverses, où Nora, suite à la déchéance de ses idéaux et en quête de sa propre vérité, part en abandonnant mari et enfants pour « y voir clair en elle-même ».

    Tandis que Rebekka connaît un point de rupture qui ne vient pas comme Nora de son mari, mais d’elle-même : elle se trouve incapable d’avancer selon les motifs qu’elle s’ést fixés.

    En la personne de Ulrich Brendel, ancien maître à penser de Rosmer, on apprend qu’agir c’est profaner les idéaux. Les personnages principaux vont adopter cette maxime en sens inverse, de façon empirique en agissant et en abandonnand leurs idéaux, ou, à l’inverse, en contemplant leurs idéaux déchus jusqu’à en mourir.


    Un paradoxe naissant à travers la perception de la joie

    Le thème de la joie est également mis en valeur et perçu de façon différente dans les deux pièces : joie légère, pétillante, dansante et festive chez Nora qui joue avec ses enfants, plaisante avec le docteur Rank, et amuse tout un chacun. Quant à la joie austère, perçue par une absence de culpabilité chez Rosmer, dans cette maison où les maison_poupeenfants ne rient jamais augmente cette impression de se retrouver face à une maison hantée.

    Braunschweig exploite avec la même sensibilité les secrets cachés au creux d’une femme, qu’ils servent un but honorable ou machiavélique, en offrant deux portraits gracieux et bienveillants de ces êtres emprisonnés, chacun à sa manière.

    Le contraste entre les deux pièces joue sur les couleurs conférées aux personnages, vives et acidulées chez Nora, simples et austères chez Rosmer, sur l’ambiance festive chez Nora, lourde chez Rosmer, mais aussi sur la pulsion de vie qui engendre la fuite de Nora et la pulsion de mort qui appelle les habitants de Rosmersholm.

    Vers un autre individualisme ?

    Dans un monde où l’individualisme est valorisé par certains et porté aux nues par d’autres, on trouve peut-être ici une proposition implicite de redéfinir ce concept, non par rapport à la société, mais de façon résolument intrinsèque. Ainsi ce travail trouve son sens dans l’exploitation contemporaine faussée d’une valeur pouvant être vue différemment. En découle la proposition d’une démarche existentielle capitale et d’une complexité bien mise en valeur : donner un sens à la vie en accord avec la profondeur de son être.

    Un audacieux travail, de monter ainsi en miroir deux pièces paradoxales pour faire jaillir une vérité théâtrale résolument tournée vers l’existence.

     

     

    Sophie Thirion

     

     

    Une maison de poupée, Rosmersholm
    de Henrik Ibsen
    mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig
    Jusqu’au 16 janvier 2010

    Avec Claude Duparfait, Maud Le Grevellec,Christophe Brault, Annie Mercier, Jean marie Winling, Marc Susini, Benedicte Cerutti,  (Rosmersholm), Chloé Réjon, Eric Caruso,  Benedicte Cerutti, Thierry Paret, Philippe Girard, Annie Mercier (Une maison de poupée).

     

    Une maison de poupée
    mardi à 19h30, jeudi à 20h30, samedi à 20h30 et dimanche à 19h
    Rosmersholm
    mercredi à 19h30, vendredi à 20h30, samedi à 17h et dimanche à 15h30

     

    La Colline – théâtre national
    15, rue Malte Brun, Paris 20e
    métro Gambetta (ligne 3)
    Réservations : 01 44 62 52 52 / reservations@colline.fr

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