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    La Ronde – Théâtre de Poche Montparnasse

    25 janvier 2010
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    La_ronde theatre poche montparnasse

    La_ronde theatre poche montparnasse::


    Un narrateur (l’atypique Alexandre Martin) qui déambule entre chaque saynète, onze personnages qui glissent d’une scène comme d’une liaison amoureuse à une autre… Si chez Arthur Schnitzler, les dialogues amoureux et les jeux d’esprit se mettent au service des plaisirs de la chair, les liens qui se tissent sont aussi fougueux qu’éphémères. De la fille au comte en passant par le soldat, la femme de chambre, le couple marié ou la grisette, une valse des corps s’engage, qui entraîne dans sa course folle toutes les classes de la société viennoise de l’époque. Une société inconsciente de ce qui l’attend à la veille de la Première Guerre mondiale et qui s’abandonne à la frénésie des sentiments sur des airs amusants, chantés en Allemand.


    Corps de l’espace


    Au plus près d’un texte traduit puis modulé par ses soins, Marion Bierry jongle avec les mots et leurs sous-entendus. Ludique, sa mise en scène rivalise d’énergie et d’inventivité. Ainsi les glissements de panneaux qui, en ayant l’air de déplacer les comédiens d’un lieu à un autre, La_ronde theatre poche montparnassedéploient habilement un espace scénique quelque peu exigu. Tout aussi judicieuse, la trouvaille du décorateur Nicolas Sire qui, lors de la scène du lit entre les époux – les remarquables Eric Verdin et Sandrine Molaro, place ses personnages debout face au public comme s’ils étaient allongés, un oreiller collé au mur derrière leur tête.


    Espace des corps


    Investissant avec grâce cet univers fantasque, sept comédiens se partagent l’affiche et les rôles, tous drôles et libertins à souhait. Mention spéciale à Eric Verdin dont la troublante composition de comédienne travestie voile avec finesse une atmosphère jusqu’ici plutôt légère. Des charmantes comédiennes sensuelles et impudiques aux facétieux acteurs cyniques et volubiles, tous simulent leur désir d’aimer mais non leur plaisir de jouer, dans cette ronde de corps mis à nu, parfaitement menée.


    Tour réussi pour La Ronde de Marion Bierry qui allie mise en scène surprenante et interprètes talentueux sans jamais trahir un texte brillant, dont le mordant avait séduit Freud lui-même. Moins scandaleux aujourd’hui mais toujours aussi renversants, ses chassés-croisés charnels se suivent avec un plaisir… grisant !


    Laetitia Ratane



    * Arthur Schnitzler : « De tout l’hiver, je n’ai écrit qu’une suite de scènes parfaitement impubliable et sans grande portée littéraire, mais qui, si on l’exhume dans quelques centaines d’années, jettera sans doute un jour singulier sur certains aspects de notre civilisation. »



    La Ronde

    De Arthur Schnitzler

    Traduction, adaptation et mise en scène : Marion Bierry
    Assistant à la mise en scène : Denis Lemaitre

    Décor : Nicolas Sire
    Costumes : Viriginie Houdinière
    Lumières : André Diot
    Maquillage : Noï Karuna

    Avec
    par ordre d’entrée en scène:

    Alexandre MARTIN Le narrateur
    Eric VERDIN    Le soldat, l’époux, la comédienne
    Aline SALAJAN    La fille
    Marie REACHE    La femme de chambre et la grisette
    Vincent HEDEN    Le jeune monsieur et le comte
    Sandrine MOLARO    La femme mariée
    Serge NOEL    Le poète

    Jusqu’au 28 mars 2010

    Représentations du mardi au samedi à 21 h – matinées : samedi  à 18 h – dimanche à 15 h
    relâche : dimanche soir et lundi
    Places : 36, 28 et 22  euros
    Réduction : Opération jeunes (mar., mer., jeu.) : 10 euros
    Location : 01 45 48 92 97

    Théâtre de Poche Montparnasse
    75 bd du Montparnasse
    75006 Paris


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