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    Robert Doisneau – Fondation Henri Cartier-Bresson

    5 février 2010
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    Robert Doisneau

    De Robert Doisneau, le public connaît essentiellement Le baiser de l’Hôtel de ville, ce cliché monté de toute pièce par le photographe, symbole d’une France romantique, des amoureux qui, seuls au monde, se figent au milieu d’une foule mouvante. Loin de cette image commerciale et de la mise en scène revendiquée par l’artiste, la Fondation Henri Cartier-Bresson expose une centaine d’œuvres, prises entre 1930 et 1966, comme autant de facettes d’un même homme, humble observateur de son temps.

    En guise d’immersion dans le monde de Robert Doisneau, sa première photographie prise à la chambre (1929) s’exhibe sur la cimaise. Les pavésa des airs de parabole : composée d’un tas de pierres désordonnées n’attendant plus qu’à s’unir pour la création d’un édifice, elle semble poser les fondations d’un œuvre remarquable à venir.

    Souvent en retrait de la foule, rarement dans l’intimité de ses sujets, jamais intrusif, Robert Doisneau capte l’évanescence de ces instants d’apparence anodins. Un regard, un paysage, une scène comme on en croise des milliers. Pourtant, la démarche de l’artiste, sans prétention aucune, réapprend à voir à qui veut bien le suivre.
    Chaque épreuve invite à s’interroger sur ce que le cadrage ne peut révéler, sur l’histoire fuyante qui se joue sous nos yeux. Surtout, chacune d’entre elles donne l’impression magique d’appartenir, pendant un instant, à ce théâtre éphémère. On perçoit avec une rare netteté la mélancolie, les gouttes cinglantes d’une pluie diluvienne, les moments d’allégresse inscrits sur les pellicules de Doisneau.Inutile de chercher une quelconque chronologie dans cette exposition. Du métier à l’œuvre ne suit qu’un fil rouge : les murs de la Fondation Henri Cartier-Bresson se parent de vues – maintes en plongée – de Paris et sa banlieue.
     
    Sans chercher à doter les rues de trésors dont elles ne recèlent pas, Robert Doisneau savoure « l’imparfait de l’objectif » dont la dimension aléatoire offre une vision fidèle d’un quotidien sublime de banalités.
     
    Ce réalisme aux tons graves, le photographe le doit à un émerveillement constant, quoique jamais aveugle. Un côté plus sombre de l’artiste que reflète l’ambiance feutrée du lieu qui lui rend hommage, sibyllin autant que sobre.

    En rupture avec le portrait d’un Robert Doisneau en proie à un trop plein de sentimentalisme, Du métier à l’œuvre dévoile un autre visage : celui du promeneur attentif, soucieux d’éterniser la vie d’une génération. Les œuvres se détachent des classiques du photographe, témoignant de ses préoccupations sociales et d’une volonté de participer à l’histoire, modestement. S’en dégage un lyrisme d’autant plus fascinant qu’insoupçonné.

    Mélanie Grenier

    A lire sur Artistik Rezo :
    Izis à l’Hôtel de ville de Paris

    Robert Doisneau, Du métier à l’œuvre

    Du 13 janvier au 18 avril 2010
    Du mardi au dimanche de 13h à 18h30
    Le samedi de 11h à 18h45
    Nocturne le mercredi jusqu’à 20h30

    Plein tarif : 6 € // Tarif réduit : 3 €

    Fondation Henri Cartier-Bresson
    2, Impasse Lebouis
    75014 Paris
    M° Gaité ou Edgard Quinet

    www.henricartierbresson.org

    [Visuel : French photographer Robert Doisneau photographed by Bracha L. Ettinger in his studio in Montrouge, 1992. Licence Creative Commons Paternité – Partage des conditions initiales à l’identique 2.5 générique      Attribution: Bracha L. Ettinger. Date: 2007-11-27 (original upload date). CC-BY-SA 2.5]

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