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    Ville autoportrait – Sébastien Mehal

    Anaïs Pedro 24 avril 2026
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    Sébastien Mehal, Ville et son Envers, © Kenji Mehal

    Curatée par le collectif TAK Contemporary, l’exposition personnelle de Sébastien Mehal, présentée à la Galerie Hoang Beli, convoque la ville comme un corps collectif façonné par nos psychologies individuelles. Les œuvres sont tissées comme un patchwork de points de vue. Ayant grandi à Fort-de-France, en Martinique, l’artiste a assisté en première loge à une mutation architecturale : les petites maisons colorées ont cédé la place à des ensembles de béton, ce qui le conduit vers un chemin oscillant entre art et architecture.

    Carte mentale : espace transitoire entre géographies urbaines et paysages intérieurs

    Sébastien Mehal, Downtown 2018, © Kenji Mehal

    Downtown 2018, une œuvre de 180 x 180 cm, surplombe le spectateur de sa grandeur : un monochrome qui raisonne fortement avec le carré blanc sur fond blanc de Malévitch, un chef d’oeuvre fondateur vers la non objectivité pure. Cette réduction radicale des formes imprègne Sébastien Mehal, qui condense des forces dans un vocabulaire épuré. Nous faisons face à une cartographie superposant trois grandes métropoles : Paris, Tokyo et New York, dont résulte une toile friable comme du plâtre. Cette fragilité apparente fait affleurer des tensions entre la densité de la ville à gauche et un terrain vague à droite. Des projections à la seringue rappent la surface, ce qui instaure une rupture nette entre la saturation générée par les grandes villes et le besoin de s’effacer.

    L’architecture urbaine, loin de n’être qu’un simple cadre à habiter, façonne nos humeurs : les bruits ambiants, la densité des foules et la concentration des immeubles finissent par nous oppresser, jusqu’à alourdir nos gorges, comme si elles se remplissaient de ciment. Cette course effrénée vers l’agentivité construit des cités qui nous rendent malades. Ainsi, ce vide créé par l’artiste absorbe le regard dans un territoire dépouillé de toutes ses fioritures. Ce blanc total nous immerge et annihile toutes les limites, provoquant une perte de d’ancrages terrestres. Ce dispositif agit en appel d’air dans l’effervescence de la vie urbaine.

    Sébastien Mehal, Aluminium City, © Kenji Mehal

    Aluminium City est une installation composite évoquant un échafaudage : un système sculptural qui pénètre l’espace des visiteurs. Notre regard flâne à travers une cartographie fragmentée, faite de blocs compactes et de miroirs traversés par des projections de seringues noires. Ces miroirs reflètent l’apparition fugace et parcellaire de tous les anonymes. Des identités se diluent sur des surfaces qui contraignent la rencontre authentique. En effet, l’installation fait écho à ces façades d’immeubles en constante évolution qui témoignent du passage de petits bouts de vie, de directions fuyantes, déterminées ou hagards. Des trajectoires se croisent, se percutent ou s’ignorent dans une architecture qui a perdu son caractère bucolique.

    Angle mort : la fracture sociale dans nos typologies urbaines

    Sébastien Mehal, Angle Social, © Kenji Mehal

    L’œuvre Angle social se constitue d’un miroir brisé reflétant un bloc suintant de rouge. Comme le titre l’indique, la pièce est accrochée en hauteur sur un angle, une zone peu exploitée qui symbolise les disparités sociales et l’inaccessibilité des couches de la population les plus prospères. Un angle est comme un interstice où toutes les choses que l’on ne daigne pas regarder s’amoncellent, des zones ou des ultra riches sont à deux pas des plus précaires.

    Les interstices abritent une violence latente qui s’instille dans ces superpositions, moins inébranlables qu’on ne l’imagine.

    Sébastien Mehal, Série Ville du monde, © Kenji Mehal

    La ville comme extension de nos corps : des environnements imbibés de notre intimité

    L’installation Ville du monde présente une série de photographies capturant des scènes d’intimité : une lumière qui vacille, un lit qui prend la forme d’un corps, une vue sur une chambre d’isolement…

    Autant d’objets imbibés de nos frasques, que ce soit la fête, l’alcool, le lien social ou la solitude extrême. S’il est avéré que l’environnement, qu’il soit social ou urbain, forme notre psyché, alors notre identité se construit en partie dans la perception de l’autre. Et nos villes, aussi bien que nos habitats, reflètent notre état mental. L’espace urbain permet l’extimité : une extension de l’intimité où l’on expose une part de soi pour mieux se comprendre et interagir avec autrui.

    Sébastien Mehal, 28.03.07 IDENTITÉ PROVISOIRE, © Anaïs Pedro

    L’œuvre 28.03.07 IDENTITÉ PROVISOIRE est une mise en abîme : la caméra capture en image une femme en train de se regarder. Autrement dit, nous ne percevons qu’un reflet de reflet : une identité mouvante, malléable comme de la glaise, qui se transforme au gré de ce qui la traverse et la heurte. Cette photographie entre en connivence avec Picture for Women de Jeff Wall, où l’objectif est davantage tourné vers le reflet de la femme que vers sa personnalité propre. La force de l’exposition réside dans cette intériorité qui n’est pas figée, elle mute et se partage en différentes parcelles : la ville est vectrice d’une identité collective qui change peau selon les bouleversements sociaux, politiques et économiques.

    Pour se trouver, il ne suffit pas de regarder en soi même, mais de lever les yeux vers ce qui nous entoure.

     

    Anaïs Pedro

     

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