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    La Walkyrie – Opéra Bastille

    2 juin 2010
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    Le monde de La Walkyrie est une terre ravagée par les guerres entre clans ennemis, comme l’affiche clairement la mise en scène de Günter Krämer dès l’ouverture. On reconnaît la meute de Hunding en treillis, échos des géants de L’Or du Rhin. Ils assassinent et violent sans vergogne, laissant agonisant le fils de Wotan qui trouve refuge chez son ennemi. Le ton est donné. La tragédie peut commencer, mettant en place l’amour incestueux du frère et de la sœur qui donnera naissance à l’homme libre, le seul à pouvoir sauver les dieux : Siegfried.

    L’amour est ainsi l’éternel enjeu. C’est pourquoi hormis la chevauchée des walkyries, riante et surprenante, les trois actes multiplient les duos amoureux. Les filles d’Erda à l’instar d’infirmières, lavent les guerriers nus. Les chorégraphies de Otto Pichler créent un imaginaire saisissant et drôle. Les filles s’amusent et badinent tandis que les corps s’enchevêtrent au sol, puis par série de quatre se lèvent pour être lavés et portés au Walhalla.

    Le récit expose les âmes mises à nu de manière très lyrique. Incarné par le ténor Robert Dean, Siegmund, après s’être opposé physiquement à la meute de Hunding, brutale, parvient 3590_-CHD6955à arracher l’épée sacrée du chêne, secondé de sa sœur. C’est un héros épique, tel Ulysse, le seul parmi les courtisans apte à manier l’arc. La soprano, très pure dans sa robe blanche fleurie au jeu sobre et nuancé, semble revivre comme Pénélope à son retour. Puissance et sensualité émanent de la chanteuse, très émouvante. Le jeu des lumières orangées et le décor composé de pommiers fleuris renchérissent ce nouveau printemps.

    Comme il ne peut y avoir d’amour sans douleur, Fricka apparaît, en véritable Junon. Sa robe rouge démesurément grande est à l’image de sa colère et de ses jalousies. Yvonne Naef, impartiale, très droite gouverne un Wotan blessé au cœur, conscient de ses faiblesses. Thomas Johannes Mayer incarne toute l’ardeur guerrière du Dieu et la tendresse lyrique.

    Mais en voulant réparer le mal, Wotan engendre un nouveau mal. Sa colère digne des dieux antiques et de Jupiter éclate dans le tableau final du troisième acte, véritable terre calcinée. Le metteur en scène avec ingéniosité recrée ce brasier, se découvrant progressivement lors du lever de rideau noir. Günter Krämer retarde encore ainsi la vision tant attendue, au moyen d’un rideau noir qui s’élève progressivement. Des spot rouges au sol, dégageant une fumée rouge, s’élèvent également, faisant place à un brasier solaire, mémoire peut-être de cette boule d’or de l’Or du Rhin.

    Cette mise en scène très plastique a achevé d’enchanter toute la salle.

    Marie Torrès

    Le cycle de l’Anneau du Nibelung à l’Opéra Bastille :
    L’Or du Rhin
    Siegfried
    Le Crépuscule des dieux

    Die Walküre

    Première journée en trois actes du festival scènique L’Anneau du Nibelung
    Musique de Richard Wagner

    Livret du compositeur
    En langue allemande

    Phillipe Jordan Direction musicale
    Günter Krämer Mise en scène
    Jürgen Bäckmann Décors
    Falk Bauer Costumes
    Diego Leetz Lumières
    Otto Pichler Mouvements chorégraphiques

    Du 31 mai au 29 juin 2010

    Tarifs : 180€, 160€, 135€, 110€, 80€, 50€, 30€, 15€, 5€

    Opéra Bastille
    Place de la Bastille

    75012 Paris

    M° Bastille

    www.operadeparis.fr

    [© Opéra national de Paris/ Charles Duprat]

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