Akhmatova – Mantovani – Opéra Bastille
Que ceux qui pensent qu’Akhmatova représente un théorème mathématique ou bien une divinité égyptienne passent leur chemin ! Peu réputée en France, Anna Akhmatova était l’une des plus grandes poétesses russes du XXème siècle.
Après avoir vécu des années de bonheur et de faste au début de sa vie, Anna Akhmatova connait l’enfer et la souffrance sous le régime communiste. C’est précisément sous cette période soviétique que l’action de l’opéra Akhmatova se tient.
Création mondiale présentée à l’Opéra de Paris, cette production est le fruit du travail de trois hommes rassemblés autour de la vie d’une seule femme. En haut de l’affiche, on retrouve Bruno Mantovani, son compositeur. Agé d’à peine 40 ans, il est l’une des valeurs sûres de la musique contemporaine, enchaînant depuis ses débuts les projets et les créations musicales. C’est à lui que l’on doit ainsi la musique du ballet Siddharta entendue l’année dernière à Bastille ou encore son premier opéra L’autre côté (2006). Akhmatova est donc une commande de l’opéra de Paris dont le livret a été écrit par son dramaturge actuel, Christophe Ghristi. Et comme l’on sait qu’il n’y a jamais deux sans trois, la mise en scène a quant à elle été confiée à Nicolas Joel, directeur de la prestigieuse institution parisienne.
Connotation russe
C’est donc un vrai travail d’équipe qui a été entrepris pour la création d’Akhmatova. Attendu aussi bien par les fins connaisseurs de musique contemporaine que par les passionnés d’art lyrique, le résultat a été acclamé le soir de la première bien que l’on pouvait y ressentir quelques répétitions et un manque de clarté vocale.
La question posée ici est celle du rôle que doit jouer un
artiste dans la vie politique quand celui-ci est persécuté par un régime autoritaire. Solitude, déploration, obsession, violence : voici autant de thèmes abordés dans cette histoire mélangeant conflit politique et familial. Akhmatova a en effet un fils, Lev, qui noue avec sa mère un conflit passionnel tragique. Celle-ci porte bel et bien les couleurs russes et ce n’est pas pour rien si elle affirme que « sa poésie n’a de sens qu’en russe ».
La musique de Mantovani trouve la même inspiration et fait écho à celle de Rachmaninov, utilisant divers instruments graves (trompette, tuba, cors…) et un accordéon. Il en résulte une connotation musicale dramatique appuyée qui au début exalte mais qui à force assomme au bout de deux heures. Mantovani s’est efforcé de retranscrire la poésie d’Akhmatova à travers sa composition, ce qui donne des structures inversées à l’image de la belle ouverture orchestrale en guise de final.
Spielberg chez Joel
La bonne surprise réside davantage dans le livret de Christophe Ghristi et dans la mise en scène de Nicolas Joel. Le premier a su sans prétention refléter l’œuvre d’Akhmatova en fin connaisseur (saluons le programme particulièrement soigné) tandis que le deuxième s’est tourné vers des plates-formes coulissantes multiples permettant de créer une dynamique ne faisant aucunement défaut aux paroles et au livret. La présence constante et sous toutes ses formes du portrait de la poétesse signé par Modigliani est un écho singulier à son passé idyllique mais tend à être surexploité au fil des actes. Les solistes évoluent donc dans un cadre rappelant le noir et blanc de La liste de Schindler de Steven Spielberg. Il permet d’offrir à Janina Baechle un rôle sur-mesure où elle fascine tout comme son fils à la scène, Atilla Kiss-B dont ce fut pour les deux leur début remarqué à l’opéra national de Paris.
Edouard Brane
Akhmatova
Mercredi 6 et 13 avril 2011 à 19h30
Dimanche 10 avril à 14h30
Durée du spectacle : 2h30 avec un entracte
Direction musicale : Pascal Rophé
Mise en scène : Nicolas Joel
Décors et costumes : Wolfgang Gussmann
Lumières : Hans Toelstede
Chef du Chœur : Patrick Marie Aubert
Avec : Janina Baechle (Anna Akhmatova), Atilla Kiss-B (Lev Goumilev), Lionel Peintre (Nicolaï Pounine), Varduhi Abrahamyan (Lydia Tchoukovskaïa, Valérie Condoluci (Faina Ranevskaïa), Christophe Dumaux (le Représentant de L’Union des écrivains), Fabrice Dalis (un Sculpteur, un Universitaire anglais), et Ugo Rabec (un agent )
Orchestre et Choeur de l’Opéra national de Paris
Opéra Bastille
Place de la Bastille
75012 Paris
M° Bastille (lignes 1, 5 et 8)
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