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    Bernard Haitink – Chamber Orchestra of Europe – Salle Pleyel

    4 mars 2012
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    HAITINK_-_Todd_Rosenberg

    Le Chamber Orchestra of Europe a été créé en 1981 par un groupe de musiciens issus de l’Orchestre des Jeunes de l’Union Européenne. Il a donc influencé dans sa structure le plus récent Gustav Mahler Chamber Orchestra, constitué sur un principe similaire mais avec vents en bois ou naturels. Les plus grands chefs semblent de plus en plus préférer ces structures nomades à la fois moins rigides et dans lesquelles les instrumentistes s’engagent avec plus d’enthousiasme. Les musiciens poursuivent parallèlement leur propre carrière musicale en tant que solistes, chambristes, membres de divers orchestres ou professeurs.

    Le premier des trois concerts propose un programme classique dans son parcours puisqu’il nous offre d’abord une brève ouverture, puis un concerto, enfin une symphonie. Bernard Haitink fait partie de cette génération de chefs d’orchestre de plus de quatre-vingts ans invités par les plus grands orchestres sans être titulaire d’aucun. Il le fut néanmoins du Concertgebouw durant plusieurs décennies.
    L’ouverture d’Egmont est une des célèbres ouvertures de Beethoven. Le Chamber Orchestra of Europe en queue de pie et noeud papillon blanc, prend place devant une salle pleine. Les trente-neuf cordes sont dans une configuration germanique traditionnelle : violoncelles et contrebasses à gauche et seconds violons à droite face aux premiers.
    L’unisson des cordes qui ouvre l’œuvre offre une sonorité pleine. Contrairement à certains orchestres qui envoient un peu balader ces ouvertures, ici tout est en place. Le chef dirige par cœur avec une stature fixe et une grande précision rythmique de ses gestes toujours très lisibles. Nous sommes emportés d’un souffle jusqu’au superbe crescendo final des cordes et de tout l’orchestre.
    Le Triple Concerto de Beethoven n’est certainement pas son chef-d’oeuvre mais permet à de grands solistes amis de se retrouver dans une configuration originale. Renaud Capuçon, Gautier Capuçon et Frank Braley sont habitués à jouer ensemble le répertoire en Trio avec piano. De peur de trop le couvrir peut-être, Beethoven a écrit une partie de violoncelle dans l’aigu, registre de sa plus belle puissance. Dès lors, le violon se retrouve lui-aussi dans le sur-aigu et le piano a une partie souvent “facile”, presque d’accompagnement. Le pianiste a d’ailleurs les deux autres musiciens dans son dos et ne peut jamais les voir. Cela ne pose aucun problème. En définitive, le violoncelle porte le discours.
    Après une très belle introduction de l’orchestre dans laquelle le quintette à cordes, réduit à trente-et-une cordes, présente une magnifique cohésion, le violoncelle entre avec une expression virile et passionnée, suivi du violon, plus agile et léger, puis du piano. L’orchestre se contente souvent de quelques ponctuations derrière les solistes. Haitink fait peu de mouvements et lit sa partition. La cantilène du second mouvement, encore au violoncelle, est magnifique. Le troisième mouvement propose les échanges les plus acérés entre les deux cordes.
    Les applaudissements ont duré aussi longtemps qu’un mouvement, le public attendant un bis qui ne vint pas.
    Nous entendons la Sixième Symphonie de Beethoven pour la deuxième fois en une semaine à Paris. Le souffle et l’intelligibilité donnés par le chef et l’orchestre sont exceptionnels. Dans le premier mouvement, le premier thème est phrasé avec de très beaux contrastes dynamiques. Les crescendos sont toujours admirables d’unité. Le chef dirige par coeur mais en gardant la partition fermée devant lui ; dans le second mouvement, il n’a presque pas à faire de gestes. Le second thème du Scherzo montre comment le hautbois, la clarinette, puis le cor s’écoutent et se répondent. C’est merveilleux. L’extraordinaire unisson des cordes dans le Trio est d’une force incomparable. Les sonorités sombres du quatrième mouvement témoignent de la palette de l’orchestre qui se permet quelques originalités dans le dernier mouvement, dans le phrasé des violoncelles ou les sons bouchés aux cors.
    Les musiciens ont généreusement applaudi le chef, puis se sont embrassés entre eux, comme le font toutes ces formations d’élite engagés dans des projets ponctuels.
    Le lendemain, deux symphonies sont au programme après l’Ouverture Leonore III. Celle-ci se compose notamment de deux flûtes, deux trompettes et trois trombones. L’introduction présente les mêmes pianissimos que nous avions pus entendre la veille. Cette capacité de maîtriser les plus grands écarts dynamiques donne un souffle incroyable à la partition. Le fil un peu décousu de l’oeuvre est contrebalancé par la grande aptitude de l’orchestre à faire vivre les contrastes. Les baguettes en bois des timbales ponctuent rythmiquement le discours. La sonorité est chaleureusement cuivrée mais les équilibres sont parfaits.
    La Quatrième Symphonie, avec la Septième jouée ensuite, est l’une des plus dansantes et joyeuses du maître allemand. L’unité des bois dans l’introduction est admirable. Bernard Haitink fait le choix de la clarté de la ligne et de la lisibilité formelle. Les timbales très puissantes donnent un contour romantique. Le quintette à cordes porte le deuxième mouvement et n’hésite pas à accentuer le phrasé, toujours de façon maîtrisée. Le troisième mouvement offre de jolis effets droite – gauche entre les premiers et seconds violons (qui sont à gauche). Le chef demeure économe de ses gestes. L’énergie fantastique du quatrième mouvement cède un peu sur la clarté de la ligne pour plus d’engagement rythmique. Les cors ne sont pas toujours justes. Mais l’enthousiasme est extraordinaire et l’orchestre montre ainsi une autre composante de son talent.
    La Septième Symphonie est globalement jouée dans un tempo plus rapide que de coutume. L’introduction elle-même est assez vive. Trois trompettes au lieu de deux interviennent dans le premier et le dernier mouvements, le plus souvent pour doubler la première trompette. C’est un choix étonnant compte tenu du fait qu’il s’agit d’un orchestre de trente-neuf cordes, et non cinquante ou même soixante comme on peut parfois entendre dans cette musique. Cela ne gêne en rien l’allant donné au discours mais couvre parfois les cordes dans le quatrième mouvement. La fameuse marche funèbre du deuxième mouvement est très rapide. Les pianissimos des cordes sont inouïs. Les entrelacs de la fugue livrent des nuances éloignées.
    Très applaudi par le public de la salle Pleyel, le chef hollandais se retire rapidement en coulisses.

    Bernard Haitink – Chamber Orchestra of Europe

    Vendredi 2 mars 2012 à 20h

    Chamber Orchestra of Europe
    Bernard Haitink direction
    Renaud Capuçon violon
    Gautier Capuçon violoncelle
    Frank Braley piano

    Ludwig van Beethoven
    Egmont, ouverture
    Triple concerto
    Symphonie n° 6 « Pastorale »

    Tarifs : 85€ // 65€ // 45€ // 30€ et 10€

    Samedi 3 mars 2012 à 20h

    Chamber Orchestra of Europe
    Bernard Haitink direction
    Ludwig van Beethoven
    Ouverture Léonore III
    Symphonie n° 4
    Symphonie n° 7
    Tarifs : 60€ // 45€ // 34€ // 22€ et 10€

    Salle Pleyel

    252 rue du faubourg Saint-Honoré
    75008 Paris

    [Visuel : Todd Rosenberg]

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