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    Cavalleria rusticana et Pagliacci – Opéra Bastille

    29 avril 2012
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    La force de ces deux opéras en un acte unique (Cavalleria rusticana) et deux actes (Pagliacci) réside dans sa brièveté même : elle condense l’action en une seule journée et accentue la violence de ces drames ruraux. Curieusement, le prologue du second opéra apparaît au début du premier, sans doute pour créer une unité de ton et guider le spectateur dans sa lecture de ces premières œuvres véristes post Verdi.


    Cavalleria rusticana

    5349_-ND335531La mise en scène plonge le spectateur dans cette Sicile profonde de marbre blanc aux lignes abruptes et anguleuses auxquelles Santuzza, incarnée par Violeta Urmana s’accroche en vain pour résister aux tourments de la jalousie. Giancarlo del Monaco crée une authenticité rustique à la fois dans les lumières aveuglantes du sud, dans la nudité et l’austérité d’un unique décor de Johannes Leiacker qui confère au drame la rigueur du pays sans demie mesure : l’honneur sain et sauf. Cette brutalité de l’espace expose les personnages à une violence sans merci et aux rituels de piété. Dans un décor incliné, à l’image du calvaire du Christ portant la croix pour sauver les hommes, les personnages sont toujours en mouvement d’ascension vers l’Église qui les rejette ou les accueille selon les apparences sociales. Cela crée une forte puissance scénique orchestrée par des images efficaces. Le chœur, très présent et frontal, en impose. La scène enferme les personnages tous vêtus de noir : aucune issue, ne restent que la mort ou le silence empli de piété que refuse Santuzza – Violeta Urmana, récemment entendue dans La Force du Destin à l’Opéra de Paris.

    La soprano dramatique incarne une Santuzza implorante et déchirante et chante sublimement. Marcello Giordani par sa stature et sa fraîcheur retrouvée, montre bien la force juvénile de l’amour. Généreux et puissant, le ténor a toute l’allure du méridional amoureux et désinvolte. Après les formidables extravagances de Lascaut dans Manon, Franck Ferrari, le baryton aux accents graves, incarne un personnage déférent et altier. Saluons la noblesse et la grâce de Stéfania Toczyka en Lucia et l’espièglerie coquette et hautaine de Nicole Piccomini pour Lola.


    Pagliacci

    5357_-ND34178La scénographie rappelle avec nostalgie les films italiens. Au centre, la camionnette – roulotte de Pagliacci affiche un Pierrot blanc au regard mélancolique posé sur l’avant-scène où se déroule le drame. Il semble proposer un dialogue entre la réalité et le jeu théâtral, annoncé par le prologue.

    L’argument, situé en Calabre, est un peu long à se mettre à en place jusqu’à l’arrivée de Vladimir Galouzine. Considéré comme l’un des ténors dramatiques majeurs de sa génération, le ténor, acclamé dans La Dame de Pique est à nouveau époustouflant de vérité et de force tragique. Son interprétation de Canio défie toutes les incarnations précédentes. Sa voix et son jeu éclipsent tous les autres. Pourtant, on retrouve avec plaisir Serguey Murzaev en Tonio, repoussant  et pathétique à souhait. Brigitta Kele ne manque pas de charme en Nedda, désirante. Sa Colombine désarticulée, proche de la pantomime, a beaucoup plu. Une note rassurante et plaisante apparaît avec Florian Laconi, qui séduit l’auditoire dans son air d’Arlequin, tendre et amoureux.

    Marie Torrès

    Cavalleria Rusticana

    Opéra en un acte de Pietro Mascagni (1890)
    Livret de G. Menasci et G. Targioni-Tozzetti, d’après une histoire de G. Verga
    Production du Teatro Real, Madrid

    Direction musicale Daniel Oren
    Mise en scène Giancarlo Del Monaco
    Décors Johannes Leiacker
    Costumes Birgit Wentsch
    Lumières Wolfgang Von Zoubek
    Chef du Chœur Patrick Marie Aubert

    Violeta Urmana, Santuzza
    Marcello Giordani, Turiddu
    Stefania Toczyska, Lucia
    Franck Ferrari, Alfio
    Nicole Piccolomini, Lola

    Orchestre et Cœur de l’Opéra national de Paris, Maîtrise des Hauts-de-Seine, Chœur d’Enfants de l’Opéra national de Paris

    Tarifs : 5€, 15€, 35€, 55€, 75€, 90€, 115€ et 140€
    Réservation : www.operadeparis.fr


    Pagliacci

    Opéra en deux actes (1892)
    Musique et livret de Ruggero Leoncavallo

    Brigitta Kele, Nedda
    Vladimir Galouzine, Canio
    Serguey Murzaev, Tonio
    Florian Laconi, Beppe
    Tassis Christoyannis, Silvio
     
    Réservation : www.operadeparis.fr

    Opéra Bastille
    M° Bastille

    [Crédit photo : Opéra national de Paris / Mirco Magliocca]

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