Polyphonia, Sweet violets et Carbon Life – Royal Opera House de Londres
Polyphonia est une succession de variations sur des morceaux de piano de Gyorgy Ligeti. Vétus simplement de justaucorps et de combinaisons violets, les danseurs déboulent en cascade sur la scène, telles les notes qui jaillissent du clavier. La chorégraphie de Christopher Wheeldon, néoclassique et moderne à la fois, colore très justement la musique parfois assez sèche du compositeur hongrois.
Pour son premier ballet narratif, Sweet Violets, Liam Scarlett, danseur du Royal Ballet, nous entraîne sur les pas de Walter Sickert, peintre de l’époque victorienne. Fasciné par les scènes de crime, fréquentant la haute société comme des milieux plus louches, il fut mêlé de loin à la sanglante histoire de Jack l’éventreur. Le ballet reprend certaines scènes de sa vie — sa relation passionnée avec une modèle, son amitié pour un artiste accusé d’un meurtre passionnel, la fréquentation des cabarets…. Le chorégraphe imbrique des scènes de crime correspondant à des faits réels ou simulées quand Walter Sickert peint sa modèle sous les traits des victimes. La personnalité de Jack l’éventreur plane sur le ballet sous la forme d’un personnage tout en noir, dansé par Alexander Campbell. On remarque Bennett Gartside dans le rôle du peintre ambigüe et Marianela Nunez, piquante modèle. La musique, le trio élégiaque de Serge Rachmaninov, accompagne parfaitement l’ambiance trouble et les envolées passionnées entre l’artiste et sa muse. Chaque scène est esthétiquement intéressante mais la lisibilité du propos n’est pas évidente. Sans la lecture du programme qui donne quelques repères sur les protagonistes, l’intrigue est difficilement saisissable.
Carbon Life réunit l’enfant terrible de la danse contemporaine anglaise et chorégraphe associé au Royal Ballet, Wayne McGregor, et le musicien et producteur très en vogue, Marc Ronson. L’affiche est ambitieuse. Le ballet débute par une très belle vision : les danseurs, derrière un tulle formant écran entre eux et la salle, apparaissent dans un halo lumineux. Puis l’écran se lève, révélant les musiciens – clavier, guitare rythmique et guitare basse – au fond de la scène. Le ballet est une succession de variations, intenses et tendues, typiques du style de Wayne McGregor. Deux chanteuses interviennent au milieu d’eux, Alison Mosshart du groupe The Kills et Hero Fisher. Carbon life mêle sur scène la danse et le chant. Le principe peut être intéressant mais ici il n’est pas convaincant. La superposition des lignes affutées des interprètes d’un chorégraphe dont les mouvements sont une forme paroxystique de l’extension, des deux divas rocks qui s’agitent et du niveau sonore de la musique amplifiée, brouille la perception de l’œuvre. Eclipsée, la danse ne porte plus de propos ou d’émotions. Les tutus futuristes de Gareth Pugh mettent en valeur les corps et créent des formes étranges et magiques. Les danseurs du Royal Ballet sont remarquable et incarnent parfaitement cette gestuelle de l’extrême, les principals dancers, Lauren Cuthberson, Marianela Nunez, Steven McRae et Edward Watson en tête. Ils nous laissent de très belles images d’une œuvre qui n’est peut-être pas, finalement, tout à fait aboutie.
Stéphanie Nègre
Royal Opera House
Bow Street
Covent Garden
London WC2E 9DD
Royaume-Uni
[Visuels (de haut en bas) : Johan Kobborg et Alina Cojocaru dans Sweet Violets – Photo Bill Cooper // Olivia Cowley dans Carbon Life – Photo Bill Cooper]
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