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    Le Nain / L’Enfant et les sortilèges – Opéra Garnier

    30 janvier 2013
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    Ces deux opéras très brefs, une heure vingt cinq pour le premier, et quarante cinq minutes pour le second, s’inspirent du matériau biographique et créent un univers poétique autour du thème de l’enfance : la passion du compositeur Zemlinsky envers Alma Malher et les relations fusionnelles entre Ravel et sa mère.

    Le Nain

    De la génération de Schoenberg et Schreker, la musique de Zemlinsky était encore peu connue il y a vingt ans. S’il est possible de l’entendre aujourd’hui au disque, il est plus rare de pouvoir assister à l’un de ses huit opéras.
    Bien qu’il soit toujours opportun de redécouvrir des oeuvres oubliées, force est de constater que la sienne n’a pas la valeur de celle d’un Richard Strauss. C’est une musique certes bien faite, mais avec peu d’éclat, et la conduite du drame est des plus banales.

    La mise en scène astucieuse de R. Jones et A. Mc Donald rend hommage au tableau des Ménines de Vélasquez dont les costumes ont inspiré les metteurs en scène dans des créations surprenantes. Dans un jeu de miroir, le peintre comme le compositeur sont présents. Même jeu de l’esprit et de construction. Zemlinsky se représente sous les traits de ce Nain difforme et ridicule, épris de la belle Alma Malher. Dans un effet spectaculaire, la marionnette est reliée au chanteur, représentation, décalée, déformée et grotesque du désir de Zemlinsky.  Post-romantique, l’opéra mêle le grotesque et le sublime. Charles Workman, interprète superbe du Prince de l’Amour des trois oranges, a conquis à nouveau toute la salle. Très émouvant, le ténor, d’une grande intensité, incarne par sa prestance et son aura, un nain sublime de grandeur d’âme.

    Mais le tragique l’emporte : la lumière sépulcrale du piano annonce que l’instrument deviendra le tombeau du Nain. La cruauté et la coquetterie de l’infante s’oppose à la noblesse d’âme du petit homme. La belle soprano Nicola Beller Carbone en coquette insensible le séduit par sa voix de sirène. Béatrice Uria-Monzon, puissante soprano charme et émeut en gouvernante maternelle et déchirée. Comment dire l’indicible ?

    On apprécie l’univers étrange et poétique : des asperges, fines comme de jolies jambes féminines,(reflet du désir du nain ?), créent un élan vertical sur un fond violet qui varie en couleur au gré des sentiments.
    Saluons la magnifique interprétation de Vincent Le Texier en majordome. Il dirige d’une baguette subtile et élégante le choeur féminin d’une fraîcheur toute juvénile.

    L’Enfant et les sortilèges

    5800_image005Rupture de ton, de registre et de structure : on est dans la poésie de la discontinuité. Le burlesque intègre en citation le music hall. Différents tableaux se succèdent, sortis de l’imaginaire de l’enfant méchant. L’opéra charme par le tissu naïf du livret de Colette qui a toujours su peindre le monde de l’enfance avec tendresse et poésie.

    La mise en scène joue du contraste entre le petit et le grand, le vivant et l’inanimé. L’opéra en lien avec le fantastique crée un univers onirique. L’oeuvre reste cependant moins puissante que la précédente. C’est davantage un exercice de style confondant théâtre et opéra. L’aspect loufoque et comique prend le pas sur la dimension inquiétante des tableaux vivants entre autre avec la figure de l’horloge incarnée par A. Duhamel, drôle et pittoresque. Le baryton est très apprécié en chat dans un duo qui ne manque ni d’humour ni de sensualité. La tapisserie pastorale déchirée par l’enfant est superbe. Elle fait renaître chez le spectateur des impressions lointaines. C’est à la fois beau et émouvant.

    L’ingénuité d’Amel Brahim-Djelloul charme en princesse découpée en deux morceaux. Cette trouvaille de mise en scène fonctionne à merveille. Belles prestations de Cornélia Oncioiu en mère et de Gaëlle Méchaly en Enfant. Très pure et sauvageonne,la soprane incarne la fraîcheur et la fragilité de l’enfant.

    Le chef Paul Daniel, peu applaudi des musiciens, faisait sa première apparition dans la fosse de l’opéra.

    Marie Torrès

    Le Nain / L’Enfant et les sortilèges

    Le Nain (1922), Conte tragique en musique en un acte d’Alexander von Zemlinsky (1871-1942)
    L’Enfant et les sortilèges (1925), Fantaisie lyrique en deux parties de Maurice Ravel (1875-1937)

    8 représentations du 23 janvier au 13 février 2013

    Direction musicale, Paul Daniel
    Mise en scène, décors et costumes : Richard Jones et Antony McDonald Lumières, Matthew Richardson
    Chorégraphie, Amir Hosseinpour
    Chef du Choeur, Patrick Marie Aubert
    Orchestre National de L’Opéra de Paris

    Palais Garnier
    M° Opéra

    www.operadeparis.fr

    [Visuel du haut : L’Enfant et les sortilèges, vue d’ensemble. Crédit : Opéra national de Paris/ Ch. Leiber // Visuel du bas : Le Nain, vue d’ensemble. Crédit : Opéra national de Paris/ E. Mahoudeau]

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