0 Shares 1186 Views

    Existence – Studio de la Comédie Française

    8 avril 2013
    1186 Vues
    Existence - Studio de la Comédie Française

    X, prénom du jeune qui entre dans l’appartement par effraction, prend vie dans la tête du public uniquement à travers les sons et les bruits, de même que Tom, l’homme qui se trouve dans son appartement et qui est baillonné puis frappé. Quasiment rien de ce qui se passe sur le plateau ne sera montré clairement avant un long moment.

    La tension démarre donc avec brutalité. Une angoisse pesante commence pour le public, angoisse teintée parfois de colère, car il ne voit pas les comédiens sur scène, il entend, il devine les silhouettes, il suppose que l’un agresse l’autre mais il est soumis à une privation. Privation du spectacle de cette agression, privation du voyeurisme. Le seul rayon de lumière auquel on a droit provient d’un réverbère qui passe par la fenêtre de l’appartement. De ce principe d’éclairage minimal surgit un renforcement de l’attention ; l’oreille étant sollicitée plus que jamais, la langue se déroule sous la lumière crue d’une écoute exacerbée. Plus le temps passe, plus le spectateur oppressé se sent lui-même quelque peu violenté et malmené quant à sa position habituelle. Le spectacle a bel et bien lieu et le spectateur en est averti sans qu’il puisse néanmoins se définir totalement en tant que tel selon les codes habituels.

    La suggestion scénique rejoint ainsi intensément le caractère elliptique du texte ; cette traversée sombre imprime en lettres lumineuses sur la conscience du spectateur le propos fondamental qui est de se positionner et de se déterminer en toute situation, la condition de l’être humain ne pouvant échapper au paradoxe et à la permanente nécessité de choisir ses actes.

    Une densité dérangeante

    Ce que l’on appelle dans le jargon convenu « rebondissement » se produit dans les dernières minutes de la pièce, tandis que la lumière est enfin lâchée sur le plateau. Pour les réfractaires à l’option du dispositif, cette action dans la pénombre aura presque été une épreuve. Pour d’autres, d’emblée un effort dont on sent qu’il sera hautement justifié, aura été fourni avec le sentiment immédiat d’être convoqué dans l’essentiel. Quoiqu’il en soit, il faut ne pas se cabrer face aux choix scéniques dérangeants, il faut vaincre l’atmosphère sombre pour voir jaillir le point d’appui de la situation. La raideur, l’agacement ou le mécontentement font partie de l’espace construit par le metteur en scène qui sait, en grand architecte, où il mène le public. Alors, toute la force d’Edward Bond est révélée et toute la volonté de Christian Benedetti de révéler à chacun son point central, son pivot déterminant, est également révélée.

    Ce duo entre Edward Bond et Christian Benedetti aboutit une nouvelle fois à une forme théâtrale sans concessions, qui oblige simultanément l’être humain et le théâtre à se définir et s’assumer dans leur choix. En près de vingt ans, le metteur en scène a monté plusieurs pièces de l’auteur anglais né en 1934, dont la langue et les propos l’ont à juste titre imposé comme un dramaturge majeur joué dans le monde entier. Chaque rencontre entre eux deux est un choc, un moment où le spectateur se rencontre lui-même en tant que sujet décisionnaire face à la scène théâtrale et face au monde. Dans Existence, les deux comédiens, majestueux par leur tension et leur concentration à la lisière de l’insoutenable, se hissent avec une impressionnante maîtrise, l’un dans la nervosité l’autre dans le silence, sur la crête de ce spectacle incandescent.

    Isabelle Bournat

    Existence

    D’Edward Bond

    Mise en scène et scénographie de Christian Benedetti

    Avec Benjamin Jungers et Gilles David

    Jusqu’au 28 avril 2013
    Du mercredi au dimanche à 18h30 ou 20h30
    Relâche les 30 et 31 mars

    Tarifs : de 8 à 18 euros

    Réservations par tél. 01.44.58.98.58

    Durée : 1h

    Studio-Théâtre
    Carrousel du Louvre
    99, rue de Rivoli
    75001 Paris
    M° Palais-Royal

    www.comedie-francaise.fr

    [Crédits photographiques : © Cosimo Mirco Magliocca]

    En ce moment

    Articles liés

    Le Musée en Herbe met à l’honneur les Pokémon et fête leur 30 ans avec l’exposition “Admirez-les tous !”
    Agenda
    290 vues

    Le Musée en Herbe met à l’honneur les Pokémon et fête leur 30 ans avec l’exposition “Admirez-les tous !”

    À l’occasion des 30 ans de Pokémon en 2026, le Musée en Herbe, avec la complicité de la Galerie Enrico Navarra a souhaité rendre hommage à ce symbole majeur de la Pop culture, en lui consacrant une exposition (non...

    Ce week-end à Paris… du 17 au 19 avril
    Art
    809 vues

    Ce week-end à Paris… du 17 au 19 avril

    Art, spectacle vivant, cinéma, musique, ce week-end sera placé sous le signe de la culture ! Pour vous accompagner au mieux, l’équipe Artistik Rezo a sélectionné des événements à ne pas manquer ces prochains jours ! Vendredi 17 avril...

    B.R.E.T.O.N.S dévoile leur nouvel album “D.A.O.U” et annonce leur concert le 25 avril au Café de la Danse
    Agenda
    851 vues

    B.R.E.T.O.N.S dévoile leur nouvel album “D.A.O.U” et annonce leur concert le 25 avril au Café de la Danse

    Le groupe de rock celtique B.R.E.T.O.N.S présente son deuxième album, “D.A.O.U” (“deux” en breton). Plus rock et intense, il mêle l’énergie brute des guitares saturées aux cultures celtiques, tout en explorant récits historiques et engagements sociaux. Ne manquez pas...