Histoire d’un merle blanc – Théâtre de Poche-Montparnasse
C’est l’histoire d’un oiseau pas comme les autres. Ses congénères, à commencer par ses géniteurs, sont noirs avec un bec jaune et leur nom se prolonge souvent du vocable « siffleur ». Mais lui, avec son plumage blanc, a tout du réprouvé. C’est l’oiseau de trop comme il y aura, quelques années plus tard, sous la plume de Tourgueniev, l’homme de trop. Humilié, offensé par les siens, il part à la recherche de sa propre personnalité.
Qui est-il puisqu’il n’est pas un merle ? Après sa rencontre avec la Pie, la Tourterelle, la Grive et tant d’autres, il prend conscience de sa singularité, en fait un atout, devient écrivain célèbre. Ce dont il n’aura cure. Puis il rencontre une merlette, blanche comme lui…
D’une limpide clarté, le texte de Musset se passerait presque de commentaire. A la fois d’une ludique grivoiserie et d’une profondeur métaphysique, il invite dans la folle danse de ses mots tous les publics. Allégorie croustillante et peinture réaliste des mœurs et de la société des hommes, il présente tour à tour les souffrances de l’enfance, les déceptions et chagrins des poètes et plus particulièrement de Musset lui-même qui composa cette fable six ans après sa séparation avec George Sand.
En un peu plus d’une heure, Stéphanie Tesson va hypnotiser son public. Tout de blanc vêtue comme il se doit, elle s’empare de ce texte qui roule, coule, roucoule dans sa bouche. Elle nous l’offre avec la générosité d’une mère qui donnerait la becquée à ses petits. La voix se love dans les accents, les intonations que suggère la douzaine de personnages ailés que contient le texte. La scène, seulement meublée d’un tabouret, est nue. Anne Bourgeois a privilégié les mots de Musset et la phénoménale puissance de jeu de son interprète. Point utile d’en faire plus. Le regard azur et l’incandescente performance de Stéphanie Tesson suffisent amplement. Viscéralement habitée, la comédienne fait claquer ses mots qu’elle sublime d’un art qui allie celui de conter et d’incarner. Et imprime à ce très grand moment de théâtre quelque chose qui la rapproche encore plus du personnage-titre : sa rareté.
Franck Bortelle
Histoire d’un merle blanc
Mise en scène d’Anne Bourgeois
Avec Stéphanie Tesson
Lumières : Philippe Mathieu
Du 18 juin au 26 juillet 2013
Du mardi au samedi à 19h30
Réservations : 01.45.44.50.21
Durée : 1h05
Théâtre de Poche Montparnasse
75, boulevard du Montparnasse
75006 Paris
www.theatredepoche-montparnasse.com
[Photo : Sébastien Laugier]
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