Acrobates et L’Angela bête – Le Monfort
Deux jeunes circassiens sur un plan incliné, en glissades, courses et tourbillons. Habiles, alertes et fluides dans leurs tracés, ils savent mettre la gravité de leur côté. C’est frais, poétique et esthétique dans une fusion de danse et arts du cirque. « Acrobates » est un hommage aux envolées aériennes et l’évocation d’un acrobate en particulier. Ce rêve de légèreté était celui de Fabrice Champion, membre des fameux Arts Sauts. Mais Champion n’est plus, sauf dans ce spectacle, où la vidéo lui permet de réapparaître. Par contre, Matias Pilet et Alexandre Fournier, les deux acrobates sur le plateau, témoignent de la belle envie de vivre dans les airs que l’enseignement de Champion leur a léguée.
Acrobates offre plusieurs portes d’entrée. Les vidéos d’Olivier Meyrou font la part belle au souvenir de l’artiste défunt. La belle création contemporaine s’appuie sur une scénographie aussi sobre qu’habile, où projections et chausse-trappes créent des effets de surprise percutants. Et les deux interprètes donnent à vivre à la fois l’idéal de l’amitié et le départ artistique vers de nouveaux destins des arts du cirque. Entre tous, il y a un passeur, le metteur en scène Stéphane Ricordel, qui était lui aussi lié à Champion par une amitié profonde.
Qu’arrive-t-il donc à un artiste circassien qui perd l’usage de ses jambes? Champion était tétraplégique, suite à un accident survenu au cours d’une répétition. Les vidéos rappellent comment il se battait pour pouvoir tenir la scène en tant qu’acrobate malgré tout, entre sa rage de vivre et une révolte impuissante, jusqu’à son décès récent. « Etre acrobate, c’est moins une affaire de savoir bouger qu’un état d’esprit », disait-il. Fournier le porteur et Pilet le voltigeur revivent cet état où se mêlent envie, disponibilité, volonté et désespoir.
En même temps, on peut voir au Monfort un autre spectacle dédié aux arts de la piste. Ici, Angela Laurier, Québécoise et ancienne du Cirque du Soleil, invente le concert autobiographique et acrobatique, une forme artisanale, libre et irrévérencieuse, où l’on ne peut qu’être touché par sa personnalité pétillante, tendance caustique. Une vie d’acrobate au féminin, doublée d’une vie de chanteuse tendance Nina Hagen. L’Angela bête s’adresse aux amateurs de sensations fortes et se donne dans la petite salle du Monfort, avant Acrobates, ce qui permet d’enchaîner deux propositions très contrastées, autour d’une même idée : montrer toute l’humanité des acrobates de notre époque et permettre la rencontre avec des personnalités d’exception.
Thomas Hahn
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Acrobates
Du 24 septembre au 19 octobre 2013
Du mercredi au samedi à 20h45 / dimanche à 17h
Représentation le mardi 24 septembre
Relâche les jeudis 26 septembre et 10 octobre
Matinée le jeudi 3 octobre à 14h30
Durée : 1h10
L’Angela bête
Du 24 septembre au 19 octobre 2013
Du mercredi au samedi à 19h
Le dimanche à 15h
Relâche les jeudis
Plein tarif : 25€ // tarif réduit : 16€
Tarif “pass” une soirée / deux spectacles : 28€
A partir de 10 ans
Le Monfort
Parc Georges Brassens
106, rue Brancion
75015 Paris
M° Porte de Vanves
[Visuel : Acrobates. Courtesy Le Montfort]
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