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    Inside Llewyn Davis – drame de Joel et Ethan Coen

    2 décembre 2013
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    Inside Llewyn Davis - biopic - Joel et Ethan Coen

    Dès les premières images de ce nouveau cru des frères Coen, le ton est donné, le décor posé ; dans un bar mal éclairé de Greenwich Village aux couleurs froides, retentit la voix chaleureuse d’un chanteur folk, accompagnée d’une douce mélopée de guitare. Dès cette première scène, le spectateur est fasciné par la beauté de l’image et la grâce du cadre, qui l’emmènent tout droit dans l’univers d’un de ces losers magnifiques, comme seuls les frères Coen savent en filmer.

    Car Llewyn Davis est un loser. Jean, qu’il semble aimer en secret, ne se privera pas de le lui faire remarquer, entre deux invectives encore moins aimables. Il vit de canapé en canapé ; le directeur de son label ne lui paie pas ses droits d’auteur, et ainsi, Llewyn Davis n’a même pas de quoi se payer un manteau pour affronter l’hiver. En cette année 1961, il voit autour de lui nombre de connaissances percer dans le monde de la folk music et attend lui-même toujours d’être découvert. Dans un ultime effort, il décide donc d’essayer de prendre les choses en main, avant de peut-être renoncer par lassitude.

    Joel et Ethan Coen mettent alors en exergue la solitude de ce personnage habité par une passion qui le ruine, dans une image épurée et poétique à la fois. En plan large et en plongée depuis la rambarde d’un escalier, ils disent la fatigue ; en gros plan lorsque Llewyn Davis se laisse absorber dans la musique qu’il joue, ils disent l’espoir. En une seule scène de course-poursuite dans les rues de New York après un chat, ils nous introduisent au plus près de la vie de ce musicien apparemment raté, de boires en déboires, et nous le rendent attachant, suscitant la compassion.

    Le parcours de Llewyn Davis est émaillé de rencontres, d’incidents, d’absurdités. De cruauté, aussi, cette cruauté cynique, si propre au cinéma des frères Coen, relevant d’une certaine ironie du désespoir. Et c’est ainsi que dans un petit rôle très bref mais extrêmement cocasse, on retrouve le savoureux John Goodman, inoubliable Walter de The Big Lebowski. Cependant, comme si le cinéma des frères Coen avait définitivement fait le choix de l’ironie tragique, là où The Big Lebowski, à la fin des années 1990, prenait le parti de rire de l’absurdité de l’existence, tout le film est imprégné de mélancolie. L’hiver gris et blanc de New York, contrastant avec le légendaire esprit léger des Sixties ; les cafés et dinners glauques où l’on s’arrête le temps d’une conversation ; les squares où on ne parle pas d’amour ; le regard triste de Llewyn Davis, incarné par un Oscar Isaac tout en nuances. Tout cela ne s’illumine que lorsque la musique y apporte un peu d’espoir.

    Aussi, racontant le destin d’un loser, lors d’une période charnière, où le monde était au bord d’une révolution sociale qui ne sera jamais abordée, les deux cinéastes font le choix de l’intime, de l’épure, dans un film cyclique, noir, sans issue mais terriblement émouvant. La BO, composée de traditionnels de la folk song magistralement réinterprétés par les acteurs eux-mêmes – dont une très belle version de The Death of Queen Jane chantée par Oscar Isaacs – est une raison supplémentaire de se plonger au cœur du voyage initiatique de Llewyn Davis, ce complet inconnu vivant comme une pierre qui roule…

    Raphaëlle Chargois

    [embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=aIZNmLIqiFs[/embedyt]

    BAFTA Awards 2014 (16 février)

    • 3 nominations : Meilleur scénario original, Meilleure photographie et Meilleur son

    Independent Spirit Awards 2014 (le 1er mars)

    • 3 nomimations : Meilleur film musical ou comédie, Meilleur acteur et Meilleure photographie

    Golden Globes 2014 (le 12 janvier)

    • 3 nomimations : Meilleur film musical ou comédie, Meilleur acteur dans un film musical ou une comédie et Meilleure chanson originale

    Festival de Cannes 2013 (du 15 au 26 mai)

    Inside Llewyn Davis 

    De Joel et Ethan Coen

    Avec Oscar Isaac, Justin Timberlake, Carey Mulligan et John Goodman

    Durée : 105 min.

    Sortie le 6 novembre 2013


    A découvrir sur Artistik Rezo :
    – les films à voir en 2013
     

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