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    Le Cœur battant – documentaire de Roberto Minervini

    16 juin 2014
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    Le Cœur battant

    De Roberto Minervini

    Avec Sara Carlson, Coby Trichell et Til Carlson

    Durée : 101 min.

    Présenté au Champs-Élysées Film Festival
    le 13 juin 2014

    Sortie le 25 juin 2014

    Sortie le 25 juin 2014
     

    Documentaire touché par la grâce du regard de son réalisateur, Le Cœur battant est plus bouleversant et intelligent qu’une immense majorité de fictions sorties cette année. Un immanquable qui laisse pantois. 

    C’est l’histoire d’une famille très croyante, lovée dans une campagne américaine. Les douze enfants suivent l’école à la maison, où ils apprennent principalement les préceptes de la Bible. On enseigne aux filles à devenir des femmes idéales, c’est-à-dire vierges, pures, capables de tenir un logis et d’élever les chèvres. Les garçons, eux, deviendront des chefs de famille, parce que Dieu l’a décidé ainsi. Dans cette bulle douillette mais inquiétante, il y a Sara, une jeune fille qui s’apprête à devenir jeune femme. C’est l’heure pour elle de se préparer à quitter l’enfance, de se poser quelques questions sur sa vie future (même si celle-ci est toute tracée).

    Non loin de là, il y a Colby et les siens. Une bande de garçons, spécimens mâles issus de différentes familles du coin, s’entraîne au rodéo comme si cela allait leur permettre d’en vivre à l’âge adulte. Le fossé entre les sexes est creusé et recreusé. Le piège de la tentation mis en place. Sara entrevoit Colby, qui n’a sans doute pas tout pour devenir le meilleur mari du monde, mais elle s’en fiche. Elle a le coeur qui bat et, allant à l’encontre de ce que lui a dit sa mère en début de film, elle se fiche un peu que ce type-là ne soit pas forcément l’homme de sa vie. C’est ce tiraillement que filme Roberto Minervini avec une infinie délicatesse : celui qui fait se fissurer la foi, qui voit naître le désir, qui pousse les enfants à remettre en cause le modèle si méthodiquement mis en place par leurs parents.

    La grâce du film, Roberto Minervini la doit à ce mélange si fragile entre fiction et documentaire. Car Sara, Colby et les autres sont des acteurs. Des acteurs non-professionnels, qui jouent ou rejouent des situations liées à leur vie réelle. Ce jeu avec la réalité, le metteur en scène italien s’en empare pour recréer la vie, la magnifier sans la trahir, comme le faisaient déjà Tizza Covi et Rainer Frimmel dans le somptueux La Pivellina. À la fois surprotégée et terriblement en danger (on a envie de leur crier que la vie, ce n’est pas ça), cette enfance bouleverse. La voir en train de tenter, même mollement, de continuer hors des rails est un petit trésor tout bonnement prodigieux.

    Lucile Bellan

    [embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=gat-fAB7oiw[/embedyt]

    À découvrir sur Artistik Rezo :
    – Les films à voir en 2014


    [Image : 2014 © Aramis Films]

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