0 Shares 1311 Views

    Keersmaeker fait battre le cœur de la musique à Garnier

    28 octobre 2015
    1311 Vues
    Quattuor

    Anne Teresa de Keersmaeker
    Bartok/Beethoven/
    Schönberg

    Avec les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet de l’Opéra de Paris

    Direction musicale : Vello Pähn

    Jusqu’au 8 novembre à 19h30

    Tarifs : de 10 à 110 €

    Réservation en ligne
    ou au 08 92 89 90 90

    Durée : 1h45

    Palais Garnier
    Place de l’Opéra
    75009 Paris

    M° Opéra
    (lignes 3, 7 et 8)

    www.operadeparis.fr

    Quattuor copie copieJusqu’au 8 novembre 2015

    Bartok, Beethoven, Schönberg entrent au répertoire de l’Opéra de Paris par la grande porte, chorégraphiés par l’une des artistes les plus créatives de la danse contemporaine. La Flamande Anne Teresa de Keersmaeker présente trois œuvres de jeunesse qui constituent le cœur de sa production ultérieure. Rigueur de la gestuelle et déflagration des corps racontent une recherche toujours passionnante.

    -1516ONPquat068-800 copie copieDes petites filles en culotte blanche et en jupe noire

    C’est la partition musicale avant tout qui guide le travail de la chorégraphe et particulièrement le répertoire du XXe siècle. Le Quatuor à cordes n°4 de Bela Bartok, avec ses dissonances et ses ruptures mélodiques qui tanguent entre recherches formelles et folklore balkanique, est tout sauf un objet musical destiné à la danse. Pourtant, une fois les musiciens installés en fond de scène, les quatre jeunes filles virevoltent et jouent du talon de leurs bottines en faisant tournoyer de plus en plus vivement leur jupe : on assiste à un véritable déshabillage des corps qui jouent de leurs vêtements avec une insolence mutine. Il y a, dans cette pièce dansée sur une musique extrêmement sérieuse et provocante pour les oreilles, une fantaisie et une effronterie perverse de la part de jeunes danseuses qui nous entraînent, d’un coup de fesse ou d’un coup d’épaule, déhanchées en faisant claquer leurs talons, dans un vertige acrobatique et une ivresse totale. Jeunesse provocante et regards lascifs, ces créatures du diable semblent incarner le fantasme d’une rébellion qui colle aux dissonances et aux syncopes de Bartok.

    Beethoven copieLa diagonale d’un dynamisme masculin pour Beethoven

    À l’innocence perverse des piquantes ingénues chez Bartok répond la fougue nerveuse des projections à l’horizontale pour la Grande fugue de Beethoven. Les corps masculins sont projetés, comme arrachés du sol par une onde électrique qui épouse les contrepoints de la partition virile de Beethoven. Les danseurs étoiles en costume sombre rivalisent de brio face à la belle Alice Renavand, costumée avec la même géométrie sombre que ses camarades hommes. Spirales, chutes, jaillissement des énergies pour échapper à la pesanteur du sol, le vocabulaire chorégraphique colle ici à chacune des notes de la partition électrisée par les cordes des violons qui dialoguent en parallèle sur des thèmes mélodiques. L’exigence musicale et gestuelle est extrême car elle joue sur les déséquilibres dans l’espace et la densité masculine des mouvements. 

    La nuit transfigurée copieLe rayonnement de La Nuit transfigurée

    D’un romantisme assumé, La Nuit transfigurée est une œuvre de jeunesse de Schönberg. L’orchestration y est somptueuse et distille par des harmoniques subtiles les émotions amoureuses d’une élégie sur un poème de Richard Dehmel. Dans une superbe scénographie de Gilles Aillaud, trois couples vont se fuir, se supplier, se retrouver autour d’un désir, d’un aveu, d’un enfant. L’héroïne est dédoublée, comme le héros de l’histoire. Les postures sont celles des sculptures de Rodin, d’une grâce et d’un tragique infinis. Hommes et femmes ont un vocabulaire chorégraphique distinct, mais ils se trouvent réunis à la fin. La danseuse étoile Marie-Agnès Gillot envoûte le plateau par sa présence énigmatique et inspirée, tandis qu’Émilie Cozette incarne son double solaire. La musique ici, dirigée excellemment par Vello Pähn, transmet ses ondes magnétiques à des danseurs de l’Opéra habités. Un bijou.

    Hélène Kuttner

    [Photos © Agathe Poupeney]

    En ce moment

    Articles liés

    Angus & Julia Stone dévoilent “Karaoke Bar” et annoncent un nouvel album !
    Agenda
    133 vues

    Angus & Julia Stone dévoilent “Karaoke Bar” et annoncent un nouvel album !

    Angus & Julia Stone sont de retour avec l’annonce de leur nouvel album, “Karaoke Bar” avec une sortie prévue le 4 septembre 2026. Une nouvelle étape dans leur parcours, sous la forme d’un recueil de chansons pleines de vie,...

    Madame, Bault et Popay exposent leurs “Mondes intérieurs” à la galerie-atelier Pozor
    Agenda
    130 vues

    Madame, Bault et Popay exposent leurs “Mondes intérieurs” à la galerie-atelier Pozor

    Du 7 au 30 mai, la galerie-atelier Pozor présente l’exposition collective “Mondes intérieurs” réunissant les artistes urbains Madame, Bault et Popay. Madame (1982 – Fr) Comédienne et scénographe de formation, Madame s’est très vite redirigée vers les arts plastiques,...

    Ce week-end à Paris… du 8 au 10 mai
    Art
    286 vues

    Ce week-end à Paris… du 8 au 10 mai

    Art, spectacle vivant, cinéma, musique, ce week-end sera placé sous le signe de la culture ! Pour vous accompagner au mieux, l’équipe Artistik Rezo a sélectionné des événements à ne pas manquer ces prochains jours ! Vendredi 8 mai...