0 Shares 2451 Views

    Eliogabalo, un opéra rock et baroque à Garnier

    18 septembre 2016
    2451 Vues
    eliogabalo

    Eliogabalo

    De Francesco Cavalli

    Mise en scène de Thomas Joly

    Avec Franco Fagioli, Paul Groves, Nadine Sierra, Valer Sabadus, Elin Rombo, Mariana Flores, Matthew Newlin, Emiliano Gonzales Toro et Scott Conner

    En alternance à 19h30

    Tarifs : de 10 à 210 euros

    Réservation en ligne ou au 08 92 89 90 90 (0,34E la minute)

    Durée : 3h05 ( 2 entractes)

    Palais Garnier
    Place de l’Opéra
    75001 Paris
    M° Opéra

    www.operadeparis.fr

    Agathe Poupeney   Opera national de Paris-Eliogabalo-16-17---Agathe-Poupeney---OnP--8- copiePour monter cet opéra baroque très peu joué de Francesco Cavalli, le chef argentin Leonardo García Alarcón et le jeune metteur en scène de théâtre Thomas Jolly ont travaillé de concert pour redonner à l’oeuvre l’éclat et la violence sulfureuse contenue dans ce livret anonyme. Un coup d’essai à l’Opéra de Paris qui se révèle un coup de maître grâce à un orchestre et à des chanteurs qui donnent ensemble le meilleur de leur talent.

    Agathe Poupeney   Opera national de Paris-Eliogabalo-16-17---Agathe-Poupeney---OnP--23- copieEroe Effeminato

    Le personnage central de cet opéra est un adolescent de 14 ans, Héliogabale, placé sur le trône de Rome en 218 et assassiné quatre ans après en 222. Tyrannique et efféminé, anarchique et totalitaire, il impose une débauche sexuelle et libidineuse à ceux qui le servent en conduisant de la manière la plus arbitraire les affaires de l’Etat. C’est une oeuvre baroque, un carnaval de scènes effrayantes et grotesques que nous propose le compositeur Francesco Cavalli, concurrent malheureux de Lully en France, mais qui trouva à Venise la liberté de création économique nécessaire au XVII° siècle. Il aura fallu attendre 1999 pour voir cet opéra représenté pour la première fois en Italie.

    Agathe Poupeney   Opera national de Paris-Eliogabalo-16-17---Agathe-Poupeney---OnP--24-Une partition entièrement recréée

    Cavalli est un mélodiste hors pair qui sculpte sa partition comme du jazz, avec une ligne de basse continue dans la lignée de Monteverdi. Les voix sont présentes, avec leur ligne de chant mais le chef-d’orchestre et claveciniste Leonardo García Alarcón a du réinventer les couleurs orchestrales avec l’ensemble qu’il a créé, l’Orchestre Capella Mediterranea, au fil d’un travail patient et méticuleux de spécialiste du baroque. Impulsant avec les chanteurs une authentique théâtralité, exigeant d’eux qu’ils s’investissent à part entière dans une incarnation directe, le chef a trouvé avec le metteur en scène Thomas Jolly une complicité dramatique basée sur la théâtralité de l’action.

    Agathe Poupeney   Opera national de Paris-Eliogabalo-16-17---Agathe-Poupeney---OnP--25-Bêtes de scène

    Dans le rôle titre de l’enfant roi, pervers et anarchique, narcissique et démoniaque, le contre-ténor Franco Fagioli, bardé de récompenses, dont la carrière est fulgurante, incarne avec une belle gourmandise et un sens avéré de la démesure sensuelle l’hybride Eliogabalo, jeune homme dont le corps adolescent se dissimule dans des robes violettes ou rouge vermillon. Aucune difficulté vocale ne retient son énergie dévorante, les aigus vrillent en roucoulant dans l’eau pailletée d’or de ses bains, sa mélancolie et son désespoir jaillissent royalement à chaque défaite amoureuse. Mariana Flores et Nadine Sierra composent des fiancées éconduites et rebelles à souhait, avec une mention particulière pour Mariana Flores dans l’expression de sa passion dramatique avec une technique et une projection parfaite.

    Agathe Poupeney   Opera national de Paris-Eliogabalo-16-17---Agathe-Poupeney---OnP--14-Spectacle rock

    Paul Groves prête sa belle tessiture de ténor au rôle du sage Alessandro, le futur roi, tandis que le jeune Valer Sabadus, contre-ténor et déjà star, se révèle bouleversant dans le rôle de Giuliano. La mise en scène sert les chanteurs qui font face au public, offrant leur voix comme une offrande, devant un escalier noir et géométrique mobile qui fait office de principal décor. La scénographie est toute entière ciselée par des faisceaux lumineux blancs, qui sont des projecteurs de concert rock, censés dessiner le clair obscur des secrets de palais romains ou la puissance solaire de l’empereur dans la dernière partie. Le clivage entre le noir et le blanc, même s’il condamne certaines scènes à l’obscurité, les scènes d’orgie avec les hiboux, le trio de choc Eliogabalo/Zotico et Lenia constituent de beaux moments de théâtre dont l’intensité va croissante au fur et à mesure de l’histoire. On regrettera une esthétique glacée qui contraste avec la chaleur torride des dialogues centrés sur le sexe et l’amour. Mais l’orchestre, brillantissime, raconte avec passion cette descente aux enfers du désir narrée par une musique aux accents célestes.

    Hélène Kuttner

    [ Crédit Photos (C) Agathe Poupeney/Opéra de Paris ]

    En ce moment

    Articles liés

    “Charge mentale ; Sauve qui peut !” : une comédie de Flore Fauchille à la Comédie Montorgueil
    Agenda
    1229 vues

    “Charge mentale ; Sauve qui peut !” : une comédie de Flore Fauchille à la Comédie Montorgueil

    Une comédie menée par un duo de comédiennes déjantées pour rire ensemble sur la charge mentale ! Cette pièce inédite dépeint avec humour et autodérision les défis des femmes d’aujourd’hui à travers l’interview exclusive de l’unique descendante d’Ève. Elle...

    “Running, Crossfit et mojito” : la nouvelle comédie à découvrir au Montorgueil
    Agenda
    1186 vues

    “Running, Crossfit et mojito” : la nouvelle comédie à découvrir au Montorgueil

    Découvrez le quotidien de “Step by Step”, une salle de sport tout à fait normale… ce qui ne l’empêche pas de voir passer quelques adhérents très… particuliers ! Entre l’incompréhension des termes anglo-saxon, des différents muscles à travailler et...

    Laurent Barat “S’enchaîne” à la Comédie Montorgueil
    Agenda
    381 vues

    Laurent Barat “S’enchaîne” à la Comédie Montorgueil

    Laurent Barat l’avait juré : jamais mais vraiment jamais il ne se mettra en couple ! C’est donc en toute logique que dans son nouveau spectacle, l’humoriste nous parle de son installation chez sa copine, de la cohabitation avec celle qu’il...