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    Wùlu, le chemin saisissant d’un jeune de Bamako

    16 juin 2017
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    Wùlu

    De Daouda Coulibaly (II)

    Avec Ibrahim Koma, Inna Modja, Quim Gutiérrez 

    Durée : 95 min.

    Sortie le 14 juin 2017

    Ladji, 20 ans, convoyeur dans un car de transport improbable, travaille dur. Il a une ambition : il désire être lui-même chauffeur à Bamako. Ce que lui refuse son patron qui offre à un pistonné la place qu’il estime avoir largement méritée. Et c’est la cassure, Ladji décide de contacter un dealer de drogue. Avec deux compères, Ladji plonge dans l’univers impitoyable du trafic de cocaïne sous fond de corruption à tous les étages… Action !

    Le Mali transfiguré

    Le rôle que le réalisateur a offert tant au Mali qu’à la ville de Bamako, est important. Il a eu le désir de montrer à l’écran une ville jeune. Il faut savoir que la moitié de la population a moins de 15 ans. A la façon du polar, l’intrigue se noue en montée en tensions successives, le réalisateur emmène le spectateur au cœur des plus formidables affaires de corruption politique. Suivre l’itinéraire de Ladj (Ibrahim Kosma ) est un argument qui permet de dénoncer tout à la fois la perdition de la jeunesse dans le grand banditisme, la menace terroriste, la crise de gouvernance, la faillite d’un modèle et la formidable corruption où se sont impliquées les hautes sphères du pouvoir. Tout un lot de trafics en tous genres dont ceux des migrants et des armes.

    Le temps réel de l’Afrique

    Le rythme d’enfer qu’impose le talentueux Daouda Coulibaly emporte ces trois délinquants qui se frottent à la filière cocaïne avec son lot de terreur, de grande violence et d’actions les plus dangereuses.
    Le temps réel, voilà ce que propose le film. Un mélange entre l’action aveugle et terrible et la mystérieuse lucidité du héros mutique, car le personnage que joue Ibrahim Koma est un taiseux. A l’inverse de Le grand Silence de Sergio Corbucci dans lequel Trintignant interprétait un muet qui combattait les criminels, Ibrahim Koma, avec une grande sensibilité, a inscrit son mutisme dans la sphère de la haute délinquance, loin de tous les anciens western-spaghettis, paraissant à nos yeux parfaitement installé dans le crime.

    Le cinéaste au-delà de cette époustouflante intrigue peut dire la réalité du Mali. On pointera la différence de l’information entre ce que dit son film et la manière dont les médias européens taisent ce grave problème de mafias les plus redoutables qui plombent le pays. On comprendra mieux l’Afrique : si l’image qui en est véhiculée est généralement stéréotypée, à l’inverse, la vie réelle s’y déroule dans les grandes villes.

    Pour contrer cette image réductrice de l’Afrique, Daouda Coulibaly après ses courts métrages (Il était une fois l’indépendance, 2009 et Tinyè So, 2011), a choisi de trouver de nouveaux angles et de préciser une nouvelle image de ce grand pays.

    Quant à Ladji, a-il pris conscience depuis le début de sa descente aux enfers de ce qu’il faisait ? Lui qui a pris des décisions fortes tout au long de sa vie s’en imposera-t-il encore une ? Sera-t-il capable de dresser un bilan de son existence avec honnêteté ? Se souviendra-t-il, s’il en est encore temps, que dans certaines cultures africaines, lorsque l’on a fauté, on doit quitter le lieu de ses forfaits ? Jusqu’où ira-t-il ?

    Wùlu, long métrage polar, thriller ou documentaire ?

    Le réalisateur franco-Malien Daouda Coulibaly a des bonnes raisons d’être fier. Son film, Wùlu, a obtenu de nombreuses récompenses : 41e Festival International du Film de Toronto (2016), Amiens, Angoulême en 2016 et Festval de Beaune en 2017 ainsi que le prix d’interprétation masculine pour Ibrahim Kosma (né dans le 20e arrdt de Paris qui a grandi à Antony-Hauts de Seine) lors de la remise du prestigieux prix Ousmane-Sembène du 25e Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco 2017)

    Patrick duCome

    Wùlu : « Que signifie Wülu dans la société religieuse du Ntòmo ? Voilà un préambule qui en dit long sur le héros du film de Daouda Coulibaly : Les croyants nous dit-il, « progressent à travers cinq niveaux dont celui du chien (Wùlu) qui éclaire sur la place de l’homme dans la société.
    Là-bas, tu existes car tu es utile à la société. »
    Apprenez que dans la culture bambara les sociétés d’initiation ont pour rôle de former leurs adeptes de manière à en faire des membres dignes de leur communauté. Les Bambaras sont établis principalement au Mali et parlent le bambara bien que la langue officielle du Mali soit le français.

    [Photo : © New Story]

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