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    Somptueuse Bérénice à l’Odéon

    Hélène Kuttner 21 mai 2018
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    ©Elisabeth Carecchio

    Dans une scénographie envahie de sables et de voiles, Célie Pauthe monte l’une des plus déchirantes histoires d’amour du théâtre français avec la comédienne Mélodie Richard dans le rôle de la reine juive. Marguerite Duras, avec son court métrage Césarée, s’invite elle aussi dans ce spectacle d’une simplicité et d’une évidence bouleversantes.

    Tristesse majestueuse

    Ce sont les propres mots de Jean Racine. Suivant les préceptes du poète latin Horace, il souhaitait composer l’histoire la plus simple possible, sans violence ni sang versé, autour d’un trio d’amoureux tiraillés entre la passion amoureuse, le diktat de l’État romain et leur propre liberté. Titus, futur empereur romain formé par Néron, s’apprête à épouser Bérénice qu’il aime passionnément, malgré toutes leurs différences. Reine de Judée, cette dernière a tout abandonné pour lui alors que les Romains ont massacré le second temple de Jérusalem (70 après J.-C.). Depuis cinq ans, ces deux-là s’aiment d’un amour fou, irraisonné, mais le Sénat et le peuple refusent l’union d’un Romain avec une reine étrangère.

    Dilemme cornélien

    Elle, Bérénice, a donc tout abandonné, peuple, religion, pays, pour suivre son héros et se fondre dans la romanité, tandis qu’Antiochus, l’ami fidèle de Titus et confident de Bérénice, avoue lui aussi qu’il est passionnément amoureux de Bérénice qui refuse de le croire. Duras a fait un film, Césarée, après son voyage en Israël et elle raconte, sur des images des statues féminines de Maillol et du Carrousel du Louvre, l’histoire immémoriale de ce couple de sa voix rauque et monocorde. Dans le spectacle, chaque acte est ponctué par un extrait du film de Duras, où l’on voit la mer Égée ou les sculptures de reines, comme pour inscrire cette histoire dans une éternité répétitive, lancinante et poétique.

    Comédiens habités

     

    © Élisabeth Carecchio

    Dans ce décor très sobre, les jeunes comédiens nous apparaissent dans une intimité surprenante, une fraîcheur inhabituelle qui rompt avec le classicisme. Mélodie Richard, liane brune à la chevelure royale et aux grands yeux noirs, est une reine bouleversante, frémissante et féline, sentimentale et altière en même temps, révélant toutes les gammes des émotions avec son corps entier, tendu comme un arc. Ce qu’elle fait du personnage est totalement sincère et juste, jusqu’à la prière en hébreu qui s’échappe de sa gorge en feu lorsque Titus l’abandonne. Autour d’elle, les deux personnages masculins flamboient moins, mais ce sont les tempéraments qui s’expriment. Clément Bresson, Titus, compose un héritier empêché, empêtré dans ses obligations et par son ambition politique, mais faible et mou intérieurement. Maladroit, puéril et fébrile, touchant aussi, l’acteur parvient à nous embarquer dans son marasme de jeune quadra velléitaire tandis que Mounir Margoum incarne un Antiochus entier, sans fard, brut comme un diamant noir. Le texte de Racine ainsi porté, de manière simple et évidente, tressé avec la prose de Duras en narratrice de l’histoire, n’en est que plus puissant.

    Hélène Kuttner

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