La magie du « Mahabharata » à l’épure japonaise
"Mahabharata - Malacharitam" de Satoshi Miyagi - © Masami Hioki
La Villette accueille la grande épopée indienne du Mahabharata, épurée par la main d’un artiste japonais majeur : Satoshi Miyagi. Un voyage à travers l’imaginaire de l’humanité et de notre enfance : « Ce Mahabharata – Nalacharitam » est une grande histoire d’amour…
On le voit de plus en plus dans les salles et les festivals français. Sa « Révélation Red in Blue Trilogie » vient d’être créé au Théâtre National de la Colline. Au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac nous avions vu, en 2016, son « Lièvre blanc ». Et maintenant, vient l’occasion de revoir ce « Mahabharata » mythique, qui a révélé, au Festival d’Avignon de 2014, ce metteur en scène japonais et son théâtre chorégraphique, gestuel, vocal, musical et plastique.

« Mahabharata – Nalacharitam » de Satoshi Miyagi – © K Miura Shizuoka
En 2014, on l’a évidemment situé dans la lignée du « Mahabharata » légendaire de Peter Brook, donné dans la Carrière de Boulbon. Et Miyagi a investi, pour sa version sur le même thème, le même lieu. Les vidéos qu’on peut trouver ont donc été tournées à la Carrière de Boulbon, où le fait de jouer en plein air correspondait naturellement à la pratique ancestrale du théâtre en Inde. Et c’est bien sûr la manifestation “Japonismes” qui aide ici, pour que cette merveille soit aujourd’hui visible à La Villette.
Le « Mahabharata » est, on le sait, l’un des textes les plus anciens de l’humanité, une épopée fondatrice comme il n’y en a que quelques-unes dans le monde. Impossible de le représenter en son intégralité. Même Peter Brook, en 1985, avec son spectacle de neuf heures, a du se limiter à une partie des quatre-vint-dix-mille vers. Miyagi choisit ici un seul épisode, intitulé « Nalacharitam ». D’où le double titre du spectacle.

« Mahabharata – Nalacharitam » de Satoshi Miyagi – © K Miura Shizuoka
Ce « Mahabharata – Nalacharitam » dure tout de même presque deux heures. Mais c’est surtout son épaisseur visuelle qui fait la grandeur de cette fresque, avec ses dizaines d’acteurs-danseurs. Soumis à l’épure japonaise, le récit indien joue majestueusement sur le contraste du blanc et du noir. Les costumes, créés par Kayo Takahashi, sont inspirés de kimonos comme les Japonais en portèrent, il y a mille ans. Ils peuvent faire apparaître les corps comme des marionnettes. C’est à la fois somptueux et effrayant.
Miyagi combine le théâtre traditionnel avec narrateur et musicien, sobriété contemporaine, marionnettes, bunraku japonais et autres techniques dans une narration qui s’adresse à tous les âges et à toutes les cultures, soulignant par-là les origines supposées indo-européennes et millénaires du Mahabharata.
L’épisode du « Nalachartiam » raconte une histoire d’amour, celle du roi Nala et de la princesse Damayanti, son épouse. Apparaissent des monstres des forêts, des génies favorables à l’amour, les dieux, le démon… Tout l’imaginaire de l’enfance et des origines du monde est présent, sans parler des chevaux et des éléphants. On est donc là à se faire conter cette histoire, à l’imaginer à partir des images créées par les acteurs, les costumes et les objets, comme dans un rêve éveillé.
Thomas Hahn
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