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    Saül : le grandiose d’un oratorio aux allures d’un show poignant

    Hélène Kuttner 23 janvier 2020
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    © Patrick Berger

    Grandiose et féérique, la production de Glyndebourne 2015 qui a déjà fait le tour du monde est accueillie au Châtelet pour 6 représentations. C’est l’Australien Barrie Kosky qui signe la mise en scène de ce spectacle total dont les interprètes sont tous divins, sous la houlette du chef Laurence Cummings.

    Tableaux vivants

    © Patrick Berger

    Dès le premier tableau, on est saisi d’admiration par une mise en scène flamboyante, d’une qualité exceptionnelle. Le chœur et les protagonistes sont réunis dans de sublimes costumes aux couleurs acidulées de bonbon anglais, devant une immense table blanche chargée de victuailles et de fruits en bouquet. Les maquillages poudrés du XVIIIsiècle, les perruques hautes, l’éclat des couleurs et des lumières spectaculaires contrastent avec le noir des innombrables billes qui composent la terre volcanique du plateau en pente. Devant nous et en contrebas, la tête monstrueuse, immense, d’un Goliath décapité, sanguinolent, par le frêle David, incarné par le contre-ténor Christopher Ainslie, torse nu et tête rasée, avec une noblesse et une pureté admirables. Triomphe de David porté aux nues par une foule en liesse, à la gloire de Dieu, ce qui nous vaut des Alleluia de toute beauté, saisissants, projetés face public avec une vivante énergie.

    Un récit biblique en version péplum chic

    © Patrick Berger

    Rien de plus sobre, aride, du point de vue dramatique, qu’un oratorio destiné avant tout en chant version concert. Et pourtant, Barrie Kosky transfigure l’œuvre de Haendel, en grande partie grâce à des formidables chanteurs qui possèdent un art dramatique à toute épreuve et à une inspiration tantôt comique, tantôt tragique. De fait, les parties chorales, très nombreuses, prennent avec cet ensemble de choristes vibrants une place majestueuse, alors que les rôles principaux, dont celui de Saül, chantent relativement peu. Pourtant, le Saül de Christopher Purves est dévastateur de monstruosité et d’enfantillage grotesque. Le chanteur parvient à toucher de près un véritable état de folie, quasi shakespearien, tremblant de tout son corps, la tête enflammée, ce qui nous a même permis d’oublier, lors de la première représentation, qu’il était doublé dans la fosse par Igor Mostovoi. 

    Les femmes ne sont pas en reste

    © Patrick Berger

    La soprano canadienne Karina Gauvin est Merab, la fille du vieux roi Saül, celle qui dédaigne le héros David, trop plébéien à son goût, tandis que Michal est chantée par Anna Devin. L’une grave et méprisante, l’autre amoureuse et virevoltante, légère comme une plume, les deux cantatrices rivalisent de savoir-faire et de technicité vocale pour un chant baroque d’une simplicité magistrale. Dans le rôle du fils du roi, le ténor David Shaw a remplacé Benjamin Hulett souffrant de manière impeccable, et l’alliance de Jonathan et de David, sur le plateau, était touchante et sincère. Grand prêtre, fou du roi débordant d’hypocrisie et de rouerie, l’immense Stuart Jackson déploie son tempérament d’ogre machiavélique, avec de longues griffes noires au bout des mains et une jouissance communicative. Dans la fosse, les musiciens des Talents Lyriques de Christophe Rousset sont à la fête, dirigés joyeusement par Laurence Cummings qui ne fait jamais relâcher la tension et ne souffre aucun décalage de tempo, avec un chœur si nombreux et une scénographie qui invente sans cesse. Sans oublier les six jeunes danseurs qui mêlent la break dance aux chants baroques, mais aussi les arabesques classiques et le disco de Michael Jackson dans une chorégraphie astucieuse d’Otto Pichler. Un vrai bonheur pour les oreilles et pour les yeux !

    Hélène Kuttner

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