Rencontre avec le photographe Aliocha Wallon
J’ai découvert les photographies d’Aliocha Wallon lors du vernissage de l’exposition collective “Aller semble être une bonne direction“, qui se tenait au cœur de l’espace Christiane Peugeot. Y étaient exposés les travaux de jeunes artistes particulièrement prometteurs : Étienne Gayard, Anatole Klingberg et Aliocha Wallon lui-même. Intriguée par l’univers visuel de ce dernier, j’ai éprouvé le désir de le rencontrer.
Ta passion pour la photographie est née alors que tu étais adolescent, peux tu revenir sur cette histoire ?
Je pratique la photo au sens le plus direct du terme depuis que j’ai douze ou treize ans, mais sans avoir aucune conception ou culture quelconque de la pratique au sens propre. Vers 16 ans j’ai eu un appareil (un peu) plus sérieux, ce qui a donné́ suite à un début de réflexion sur la lumière, le cadre, l’instant… En arrivant à Bruxelles à 18 ans, j’achète un petit compact automatique — un Espio 90MC — que je traine partout. Je pique des pellicules à droite à gauche et je commence à prendre des photos de ma vie en considérant particulièrement l’intérêt documentaire que constitue l’accumulation de toutes ces images. C’est donc à ce moment-là, et par le biais de l’école dans laquelle j’étudie tout à fait autre chose, que je commence à me renseigner sur qui fait et a fait quoi.

© Aliocha Wallon
Quelles sont tes principales sources d’inspiration ?
Je m’inspire principalement de ce qui se passe autour de moi ; à l’époque, la nuit, la ville, et tout ce que ça englobe. Je suis beaucoup avec mes potes, on fait toutes sortes de conneries. Je change d’école l’année de mes 20 ans, et celle-ci possède une chambre noire. De fil en aiguille, j’y prends goût et j’y passe de plus en plus de temps, je découvre l’histoire de cette pratique et ses grands acteurs. Daidō Moriyama, Petersen, Yan Morvan, Eugene Richards… La chambre noire instaure un rapport ultra-intime, ce qui se reflète sur la manière dont je capture des images. Je comprends que la manière dont je traite mes négatifs et mes tirages amène à faire passer des messages différents.
En terme d’inspirations concrètes, elles sont multiples, du cinéma à la peinture mais passent grandement par la pratique du livre, qui me passionne pendant quelques années et sur laquelle je porte encore beaucoup d’intérêt. En tant que grand nostalgique, les images que je voie des années 80 et 90 me transportent – elles témoignent à la fois d’une légèreté individuelle et d’un engouement collectif. Cela me pousse encore plus à documenter ma vie à Bruxelles, à ancrer ces choses du passé dans un futur que je ne connais pas encore. En parallèle, le cadre de ma pratique scolaire, et la rencontre avec un professeur extraordinaire me poussent à développer cette recherche jusqu’au reportage, donc à une exploration plus profonde d’un terrain identifié et délimité.
Comment décrirais-tu ton travail ?
Probablement comme très documentaire, avec un axe social assez important ! Aujourd’hui je travaille davantage en mode, mais en essayant de garder ce côté très proche du réel et de l’humain qui caractérise ma pratique. J’aime toujours autant le brut, la crasse et le bruit. Disons simplement qu’en grandissant mes préoccupations se déplacent et qu’elles se complètent. Idéalement, j’aimerais pouvoir me servir de ce que j’apprends dans un domaine pour l’appliquer à un autre. Par exemple, la mode m’amène à réfléchir à des histoires et à la manière de les raconter, là ou ma pratique documentaire “sur le vif” ne fait appel qu’à l’instinct et très peu à la réflexion. J’aimerais pouvoir coupler ces deux approches pour arriver à un style qui me soit vraiment propre et caractéristique.

© Aliocha Wallon
J’aimerais évoquer avec toi la série Oceanic Wildlife, que j’ai beaucoup aimé. Comment est née cette idée ?
Ces photos d’inconnus prises sur la plage sont assez symboliques de ce que j’aime faire, à la fois visuellement et conceptuellement. Le projet n’a d’autres origines que l’ennui des vacances peut-être, et le besoin de montrer autre chose que la nuit et le béton. Les plages de cette série sont des longues bandes de sable sur lesquelles des foules de vacanciers en quête de tranquillité viennent s’installer le temps de quelques heures, quelques jours, quelques semaines… Leur oisiveté est intéressante, leur silence, leur inertie est ce qui me pousse à les photographier. Ce projet est purement instinctif et n’a nécessité aucune préparation, étant donné que je l’ai réalisé en sandales et maillot de bain !


Qu’est ce qui te rend le plus fier aujourd’hui ?
Réussir à vivre de ma passion, sans hésiter. C’est une liberté incroyable, et à la fois un stress quotidien.
Photographiquement parlant, peut-être La Griffe du Lion, dont quasiment personne n’a vu la couleur. Il s’agit d’un tabloïd d’une quarantaine de pages qui résulte d’un travail de reportage sur plusieurs mois dans un bar assez particulier du centre de Bruxelles. C’est un journal qui mêle texte et photo pour tenter de raconter un endroit inracontable. Je le sortirai peut-être dans quelques années, si j’ai la chance de pouvoir toucher un public plus large.
Comment envisages-tu la suite ?
Pleine de surprises ! Actuellement, j’ai mis le documentaire de côté pour me consacrer à la mode mais j’espère y revenir un jour, avec un œil différent. J’aimerais refaire des expositions, des livres aussi, c’est quelque chose qui me manque particulièrement et dont le format permet d’emprunter d’autres chemins pour raconter une histoire. À terme, la vidéo est aussi une piste que je voudrais explorer !

© Aliocha Wallon
Découvrez le profil Instagram d’Aliocha et visitez sa page Internet.
Propos recueillis par Manon Giroux
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